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Chroniqueur
Posté il y a 4 ans
Une planète dans la tête

Ce roman a une particularité, il est original, il a un je-ne-sais-quoi qu’il le rend atypique dans le paysage littéraire.

Dans la forme, il se lit très vite en raison de ces cent chapitres faisant entre quelques lignes à deux pages maximum. Cette forme m’a rapidement marquée, car elle instaure un certain rythme, elle a du charme. Le style de l’auteure est personnel. J’avoue que le peu de pages et ces caractères de grandes tailles ne donnent pas le temps de rédiger des descriptions très pointues, pourtant je trouve au style de l’auteure une once de poésie. Bien souvent les descriptions sont imagées, je les ai jugées bien écrites, elles sont à l’image du côté rêveur du protagoniste principal.

Je me sens proche de Standish dans son côté rêveur, à imaginer sans cesse. Le fait qu’il soit rejeté en partie à cause de ça, m’a touchée, car je l’ai aussi vécu. Pourtant, si je reviens au style employé, les gros mots m’ont dérangés, je veux bien croire que nous sommes dans une histoire pour les ados, mais est-on obligé de céder à la facilité pour autant ? Le côté imagé et poétique se trouve coupé parfois brutalement par ces répétitions « à la puissance mille ».

Toutefois Standish ne manque pas d’intelligence et de courage. Sa dyslexie et son côté rêveur éveillé ont fait de lui l’idiot du village pour certains, mais il est bien présent et ancré dans la réalité. Il est intelligent, ses réflexions sur la Patrie, son existence sont bien menées et ce qu’il décide de faire dans les derniers chapitres est très courageux de sa part. C’est un héros aussi atypique à la hauteur du roman qui l’est tout autant.

Les autres personnages sont sympathiques et pas aussi mis en avant que Standish. La raison est simple, nous suivons un récit écrit à la première personne, de ce fait, peu de place pour les sentiments des autres, sauf du point de vue du héros. Je pense à Hector, un ami fort et attachant. A Papou, le grand-père de Standish, calme et vivace, à Mlle Phillips, une femme pas assez vue à mon goût. Aux Lush, les parents d’Hector, qui ont un rôle important et une vie bien mouvementée, à l’homme de la lune vivant dans la cave de Standish… Petit Eric ou M. Gunnell, à la Présidente… Nous avons une galerie de protagonistes intéressants, mais qui auraient mérités d’être mieux exploités. La breveté du roman, fait que le récit se centre uniquement sur les pensées de Standish, oubliant parfois les autres personnages gravitant autour.

En parlant de gravitation, j’ai adoré l’histoire de Juniper, la planète inventée par Standish et qui lui permet de s’évader de la vie qu’il mène. Hector et lui construisent une fusée, ils inventent de nouveaux habitants, la vie qu’ils aimeraient avoir là-haut, persuadés un jour de pouvoir y aller. Les allusions à Juniper ne sont pas faites tout le temps, mais elles sont assez présentes pour me rappeler le Secret de Terabithia (le livre et le film). Les deux adolescents fuient leur quotidien en inventant tout un monde. Par ailleurs l’exploration de l’espace tient une place capitale dans le roman, puisqu’on évoque la conquête de la Lune par la Patrie. J’ai adoré cette partie de l’intrigue que je n’aurais jamais soupçonné aussi prenante, surtout lorsque Standish intervient dans cette affaire.

Le monde dans lequel vivent tous nos protagonistes est rude, violent et peu envieux. Le totalitarisme règne abondamment, le gouvernement est brutal, on parle de dénonciations, de répression… La mort et la méchanceté, le manque de tolérance et humiliations sont quotidiennes. L’auteure parvient facilement à nous plonger dans ce monde horrible et les réflexions parfois simplistes de Standish le rend d’autant plus cruel. Pendant une bonne partie du roman je me suis souvent demandée où était la résistance ? Où sont ceux qui sont censés sauver cette zone 7, cette zone où résident des « impurs » privés de tout et surveillés non-stop ? J’étais frustrée devant une telle violence sans que personne ne réagisse, mais la dernière partie du roman m’a surprise, on amorce un début de changement. Encore que… Nous ne savons pas ce qui se passe après un certain événement. Mais j’ai envie de croire que le bien revient, c’est mon côté happy-end !

Honnêtement, c’est un roman atypique que nous offre Sally Gardner. Il va occasionner des réactions mitigées, c’est certain, mais en ce qui me concerne je lui trouve un côté original. Une planète dans la tête change de ce que j’ai l’habitude de lire, son écriture est imagée et poétique, le style est fluide, le protagoniste principal est attachant d’une certaine manière avec sa vision du monde radicalement opposée à sa réalité. Ce récit est un bijou brut, peut-être que certains trouveront qu’il faille le polir pour qu’il soit parfait ou épique, mais je lui trouve un certain charme au naturel.

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