Me connecter

Mot de passe oublié

Chroniqueur
Posté il y a 6 mois
Une histoire d’inceste qui s’adresse à la jeunesse

Dans « Les longueurs », Claire Castillon dessine avec vivacité l’emprise d’un pédocriminel sur une jeune fille de son entourage, à travers les yeux enfantins de cette dernière. Narrant avec force la complexité de cette « relation » et relatant avec véracité la complexité des agressions sexuelles commises par des proches, l’autrice bouscule son lectorat avec une plume crue, vive et incisive, marquant les esprits de ses jeunes lecteurs, voués à grandir comme son héroïne.

Alice vit au côtés de sa maman depuis que son père est parti vivre en Amérique. Complices, elles surmontent le départ ensemble, soudées. Mondjo est là lui aussi. C’est le meilleur ami de sa mère. Ce dernier ne tarde pas à proposer à Alice de faire de l’escalade en club, passion qu’elle développe rapidement sous le regard de cet homme qui prend de plus en plus de place au sein de la famille. Quelques années plus tard, ce meilleur ami change de statu. Alors âgée de quinze ans, Alice apprend que sa mère et Mondjo sont en couple. La jeune fille est perdue, comment sa mère peut-elle et lui peuvent-ils être en couple alors qu’elle entretient avec lui des relations sexuelles depuis l’âge de dix ans ?

Redoutable par sa narration et son évolution, l’histoire transcrite dans « Les longueurs » n’a rien d’anodine tant pour le sujet qui y est traité que pour les ambivalences liées à celui-ci, mises en exergues par l’autrice. La justesse des propos tenus est troublante. Il se dégage un réalisme indéniable de cet écrit qui dépeint au fil des années l’installation d’une relation incestueuse très vite normalisé par l’adulte criminel. L’enfant, dont on suit le point de vue, de sa septième à quinzième année, offre un regard simplet puis rapidement brutal et violent, transcrivant une réalité qui ne semble pouvoir être celle vécue par une enfant.

Pages après pages, le lecteur assiste impuissant à la montée en puissance d’une relation incestueuse, lentement tissée et élaborée par Mondjo, un proche, une personne de confiance que connait la jeune fille. Il est trop tard lorsque le piège se referme sur elle. Alice est alors terrée dans le silence et ne parvient pas d’elle même à voir la nocivité de cet homme qu’elle aime malgré elle.

Il semble impossible d’apprécier ce livre. Les mots y sont terribles. Mais il est aussi insupportable de s’en détacher. Bien que l’horreur perdure, le lecteur n’a d’autre choix que de lire car suspendre la lecture serait comme abandonner Alice. Alors engloutir le court roman afin d’accompagner l’héroïne vers la fin de cet enfer semble être l’unique solution pour mettre fin à son calvaire. Le roman adopte alors une caractère addictif qui pourrait presque sembler malsain. Mais ce n’est en vérité qu’un reflet de la plume travaillée, adapté à un lectorat jeunesse, de Claire Castillon. Des différentes temporalités jusqu’à l’enchainement narratif, tout est fait pour apporté fluidité à la lecture, accordant toute l’attention des lecteurs sur l’histoire et non plus sur le style narratif.

Ainsi, c’est une lecture complexe, nécessaire, dont le thème, difficile à aborder est traité avec une intelligence indéniable. Très court, le roman est à mettre entre toutes les mains dans le but de prévenir mais aussi aider de potentielles victimes à prendre conscience.

0 commentaire

Pour poster un commentaire, rejoignez la communauté On lit plus Fort