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La rédaction
Posté il y a 5 mois
Un final en feu d’artifice

Des mois qu’on l’attendait. Des mois à contempler les cinq premiers tomes, paisiblement posés sur une étagère de la bibliothèque, attendant désespérément le dénouement de l’épopée fantastique de Kelen, le frondeur de sorts. Et voilà enfin que le sixième tome de L’Anti-Magicien, Hors-la-loi, est disponible chez Gallimard Jeunesse !

Ni une ni deux, me voilà l’objet en main, prête à me délecter de ses quelques 560 pages nous amenant à la conclusion des aventures de notre mage sans pouvoir préféré et de ses acolytes, le chacureuil Rakis, la mystérieuse Argosi Furia Perfax ou encore l’enchanteresse Nephenia. Comme toujours, le livre est magnifique, de sa couverture aux illustrations intérieures qui ponctuent chaque partie du récit et font écho aux fameuses cartes des jeux Argosi que l’on croise si souvent depuis le début de la saga.

« Mon seul atout, puisque je n’avais pas accès à la haute magie, c’était mon passé d’excellent élève. Et comme j’étais lâche, j’avais développé de solides réflexes pour échapper aux sorts les plus douloureux. »

Alors que Kelen mène des jours pas vraiment paisibles à la cour de Darome, où nous l’avions laissé dans le cinquième tome en tant que tuteur de la jeune reine, une nouvelle menace fait irruption en terre berabesq. Un Dieu est apparu et promet d’unir les différentes factions religieuses de ce peuple fanatique pour les mener à la conquête du continent, ce qui aboutirait à un bain de sang et à l’extinction des peuples les plus faibles (dont les mages Jan’Tep, d’où Kelen est issu).

C’est donc tout naturellement que Kelen se retrouve missionné en territoire ennemi pour éliminer Dieu. Dans le plus grand des calmes.

Bien sûr, tout vertueux et épris de justice qu’il est, il refuse. C’était sans compter les mille et un complots des uns et des autres qui viennent s’imbriquer dans un schéma si complexe qu’il se retrouve contraint d’obéir. Ou presque.

« Un gamin qui va trouver le moyen d’entrer dans un pays étranger pour empêcher un dieu de déclencher la guerre de toutes les guerres. Et qui, au passage, le tabassera jusqu’à ce qu’il annule cette malédiction. Voilà qui je suis. »

Suivi, puis rejoint, par ses fidèles compagnons d’aventure, dont l’inénarrable chacureuil Rakis, il pénètrera au cœur des terres berabesq dans le but de découvrir si, oui ou non, ce « Dieu » dont tout le monde parle mérite réellement la mort ou s’il fait partie d’un complot plus vertigineux encore qu’il ne l’imagine.

Ce sixième tome révèle enfin la conclusion de la relation chaotique qui lie Kelen à sa famille, plus spécifiquement à son terrible père et à sa surpuissante sœur, mais aussi à son peuple Jan’Tep, auquel il désespère d’appartenir tout en le haïssant. Chaque chapitre transpire de son évolution en tant que personne, mais aussi en tant que frondeur de sorts Argosi hors-la-loi. Toutes les épreuves qu’il a subies l’ont façonné, l’ont fait murir, et c’est un Kelen toujours plus malin et drôle mais aussi plus affûté que l’on accompagne dans cette aventure.

« Le problème avec les tours, Kelen, dit-elle, c’est que tu n’es pas le seul à t’en servir. »

Ainsi, presque arrivé à la fin de son développement, on mesure de mieux en mieux l’amitié qui le lie réellement à Furia et Rakis, se dérobant aux règles du lien entre maître et apprenti, ou à celui de simples partenaires comme voudrait le soutenir Rakis. Entre boutades complices et gestes de tendresse subtils, les liens se tissent d’une manière certaine et attendrissante, qui nous donnent envie de crier « aaaaah, quand même ! » régulièrement au fil des pages.

Mieux encore, c’est l’apothéose de cinq tomes d’enquêtes, de complots et de machinations en tout genre. Les fils se dénouent enfin et tissent une tapisserie qui prend tout son sens, des relations entre les différents pays, aux motivations de chacun, jusqu’à la nature de l’ombre au noir ou de la magie. L’humour et l’ironie, toujours aussi présents, confèrent à l’écriture de Sébastien de Castell cette sempiternelle note décalée et si savoureuse, qui vous accroche du début à la fin sans une seconde de répit. Le caractère de l’incroyable Rakis étant l’un des leviers les plus évidents de cet humour, je me retrouve régulièrement à ricaner à voix haute – avertissement si vous lisez dans un lieu public : préparez-vous à passer pour quelqu’un d’un peu bizarre.

« Chez soi, ça n’est qu’une notion abstraite. Le souvenir d’un lit douillet. Vos parents qui vous appellent pour le petit déjeuner. Chez soi, ce n’est pas un toit et quatre murs. Ce n’est pas un lieu. Peut-être que c’est pour ça qu’il est si difficile de rentrer chez soi quand on est parti depuis longtemps. »

Et comme un final ne serait jamais un bon final sans un panel d’émotions exemplaires, préparez-vous à verser une ou deux larmichettes, au passage. C’est cadeau, c’est gratuit, entre le feu d’artifice qu’offre ce dernier tome et le désespoir d’en tourner la dernière page, un petit mouchoir sera de mise pour conclure cette exceptionnelle saga de fantasy.

« La première leçon que Furia m’avait donnée sur l’arta loquit, l’art de l’éloquence, c’est qu’une conversation, c’est de la musique, et qu’il faut parfois laisser son interlocuteur jouer les notes, et vous les silences. »

C’est simple, soit vous êtes déjà accro à L’Anti-Magicien, soit vous êtes en train de prendre conscience que vous avez loupé un sacré truc et vous avez déjà envie de rattraper votre retard. Et si cette chronique ne vous a pas donné envie de vous y plonger de suite, alors n’hésitez pas à jeter un œil aux autres (disponibles sur le webzine On Lit Plus Fort).

Les six tomes sont disponibles en librairie et, en plus, on a le droit de sortir les chercher ! Alors qu’attendez-vous ?

« Tant de questions. Il reste tant de questions en suspens (…).

Notre monde est inachevé, doit-il en être de même pour les histoires ?

La réponse est oui.

Le temps doit venir où l’imagination du lecteur prend le pas, où le dernier forfait de Rakis et de Kelen est issu de votre esprit et non plus du mien. »

Sébastien de Castell

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