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La rédaction
Posté il y a 3 semaines
« Sacrées Sorcières » : 1 minute avec Pénélope Bagieu

« Ce qui fait la force des histoires de Roald Dahl, c’est qu’elles ne respectent pas le code des livres pour enfants. Les méchants y sont vraiment méchants, parfois ça finit mal… il y a des enjeux réels ! »

La dessinatrice Pénélope Bagieu n’a jamais oublié le choc qu’elle a ressenti en se plongeant dans les ouvrages signés par l’Anglais Roald Dahl (1916 – 1990), l’auteur des éternels Matilda et Charlie et la chocolaterie. C’est justement après avoir apprécié Charlie que Pénélope, alors âgée de huit ans, se voit conseiller par sa bibliothécaire un autre roman de Roald Dahl, Sacrées Sorcières. L’histoire d’un garçon orphelin qui vit avec sa grand-mère et atterrit dans le même hôtel que les plus maléfiques des sorcières. Brrrrr… Une fois qu’elle a dévoré les premières pages, Pénélope sent le rythme de son cœur s’accélérer, ses mains devenir moites. Pour la première fois, elle a peur en lisant un livre ! Et le suspense – mais, bon sang, que va-t-il arriver au héros ? – l’empêche de reposer le roman pour passer à autre chose. Rien ne peut la distraire, pas même le rappel à l’ordre des adultes la priant de venir à table.

« Ça te dirait que je te parle des sorcières ? … »

« Ça fait tellement partie de ma mythologie personnelle ! »

« Il existe une vraie communauté autour de Sacrées Sorcières, estime Pénélope. C’est un livre qui a énormément impressionné, on est beaucoup à avoir été terrifiés. Il est quand même question d’un plan machiavélique pour détruire tous les enfants ! » Depuis cette rencontre avec le frisson et le fantastique, Pénélope est elle-même devenue une autrice plébiscitée et lue dans le monde entier avec California Dreamin’, hommage à la chanteuse Cass Elliott, et les portraits de femmes de Culottées, série pour laquelle elle a reçu un prestigieux Eisner Award en 2019. Mais elle n’a jamais oublié Sacrées Sorcières, publié en langue anglaise en 1983, peu de temps après sa naissance. « Ça fait tellement partie de ma mythologie personnelle ! » Alors, quand elle a eu l’opportunité d’adapter en bande dessinée ce livre qui l’a tant marquée, elle n’a pas hésité une seconde. Ce rêve s’est réalisé sans pression, malgré son adoration pour le dessinateur Quentin Blake, qui a illustré l’édition originale de Sacrées Sorcières et tous les autres livres de Roald Dahl. « C’est probablement le roman de Dahl pour lequel l’empreinte de Quentin Blake est la moins forte dans ma tête. Je n’aurais pas pu imaginer Matilda différente de celle qu’il a dessinée. Au contraire, réinventer Sacrées Sorcières n’a été que du plaisir. Il y a des scènes auxquelles j’étais impatiente de m’attaquer ! » Et ça se voit : avec beaucoup de générosité, son trait vif et souple s’épanouit à retranscrire les décors sophistiqués et à mettre en scène d’incroyables et très spectaculaires moments d’action – qui pourra résister à l’emballante ouverture de la bande dessinée, rythmée comme un blockbuster ? « J’ai voulu que l’on puisse passer des heures à regarder tous les détails, que ça soit de la gourmandise pour les enfants. Je me suis appuyée sur une histoire tellement parfaite que j’ai surtout cherché comment la mettre au mieux en valeur. Mais, si je connais le roman par cœur, j’en ai quand même fait mon propre livre. »

Tout en profitant de l’expertise de Luke Kelly, petit-fils de Roald Dahl, Pénélope a en effet bénéficié d’une liberté totale. Sans qu’elle touche à la trame du roman, toujours moderne trois décennies après sa sortie, elle s’est attachée, avec subtilité, à faire entrer Sacrées Sorcières dans le XXIe siècle, que ce soit dans le langage parlé, les décors ou la galerie des personnages. « Il y a des choses du roman qui ne collent plus avec notre époque. S’il était vivant, Roald Dahl ne l’écrirait pas pareil en 2020. Les enfants d’aujourd’hui ne sont plus comme ceux du livre. Il fallait vraiment que je m’adresse à des lecteurs et lectrices qui ont huit ans maintenant. » Ainsi, le protagoniste principal, le petit garçon sans prénom, va se faire une amie qui ne figurait pas dans le roman original. Pénélope Bagieu a créé un personnage important : une petite fille qui va se trouver entraînée dans la même aventure fantastique. « Pour mille raisons, ce n’est pas possible de sortir en 2020 une BD où tous les enfants doivent obligatoirement s’identifier à un garçon. Dès le départ, je me suis dit que cette bande dessinée m’offrait une merveilleuse occasion, celle d’inventer une petite fille foncièrement bonne et courageuse. Elle n’est pas là pour aider le héros à se révéler à lui-même, non, elle a son caractère et sa propre famille. L’histoire de Sacrées Sorcières est quand même cruelle, il arrive au héros des choses très dures. Déjà, petite, je me disais : “ J’espère au moins qu’il aura des copains. ” Là, il a maintenant une copine. Et puis, à cet âge, on part du principe quand on est une fille que les garçons sont des débiles, quand on est un garçon que l’on n’a pas besoin des filles. En lisant ma bande dessinée, garçons et les filles vont pouvoir se dire : « Elle aussi est vraiment cool, je peux m’identifier à elle », considère Pénélope, autrice résolument féministe, déterminée à faire voler en éclats clichés et stéréotypes.

« Elle ressemblait à une petite poule et, en même temps, elle paraissait très forte. Ma grand-mère, c’est ma représentation automatique de la tendresse et de la protection. »

Elle s’est d’ailleurs beaucoup amusée à dessiner la grand-mère du petit garçon. Déjà, dans le roman de Roald Dahl, ce personnage se révèle très excentrique, et ce, dès les premières pages : elle connaît des choses que la plupart des adultes ignorent, notamment au sujet des sorcières, et… elle fume le cigare. « Quand j’étais petite, je trouvais que ça posait l’ambiance. Une mamie qui fume des cigares… mais qu’est-ce que c’est que cette mamie ? », se souvient Pénélope. Dans sa bande dessinée, la grand-mère a conservé sa mauvaise habitude de s’allumer un cigare en toute circonstance. Ce qui constitue désormais, encore plus qu’à la parution du roman, une transgression absolue. D’ailleurs, le garçon ne cesse de lui rappeler les dangers du tabac. Si sa version de Sacrées Sorcières constitue une relecture sacrément personnelle, c’est aussi parce que Pénélope a mis dedans beaucoup d’elle et de sa propre histoire familiale. Ainsi, sa grand-mère paternelle a servi de modèle à celle du héros. « C’est vraiment ma grand-mère que je raconte. Elle était très coquette, elle sentait très fort le parfum, elle avait du rouge à lèvres sur les dents. Elle ressemblait à une petite poule et, en même temps, elle paraissait très forte. Ma grand-mère, c’est ma représentation automatique de la tendresse et de la protection. Celle de ma BD vit un peu en marge, elle se débrouille seule et sait affronter les obstacles. » Si, par la force des choses, elle doit prendre en charge son petit-fils, il apparaît évident que la grand-mère de la bande dessinée ne possède pas les bons réflexes ni les codes adéquats. Elle encourage son petit-fils à s’encanailler dans un casino, pense davantage aux cocktails qu’elle pourrait boire plutôt qu’aux risques qu’ils encourent et a des problèmes récurrents avec l’autorité. « Maman et Papa disent que tu ne dois pas fumer dans la maison », rappelle le petit garçon à sa grand-mère prise en flagrant délit. Mais, juste après, il se souvient qu’ils viennent d’enterrer ses parents, morts dans un accident de voiture. Alors, finalement, les cigares de Mamie… Plusieurs fois dans la bande dessinée, les rôles semblent ainsi s’inverser. « Dans cette famille, on ne sait pas qui est vraiment l’adulte, résume Pénélope. Quand j’ai écrit cette histoire, évidemment, je me suis mise dans la peau de la grand-mère. »

« Bon ! Tu sens pas la violette, je vais te faire couler un bain. »

Et puis, bien sûr, il y a les sorcières. Il s’agit ici de vraies sorcières de conte de fées que Pénélope a voulu rendre les plus effrayantes possible ! « Elles ont des pouvoirs magiques, des bizarreries physiques et sont très mal intentionnées. Je voulais pouvoir transmettre ma terreur de petite fille. D’ailleurs, j’ai testé certains dessins sur des enfants pour être sûre qu’elles – et surtout leur cheffe – fassent peur. » Car, oui, plus que jamais, le Sacrées Sorcières de Pénélope Bagieu est une histoire de transmission. Trente-sept ans après sa sortie, le roman a droit à une éclatante adaptation en BD qui va frapper l’imagination des petits, rappeler des souvenirs aux plus grands et, surtout, en créer de nouveaux à toute la famille.

« La sorcière a les narines frétillantes et recourbées pour mieux sentir les enfants. »

1 commentaire

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Best SEO Company 31 janvier 2020 :

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