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La rédaction
Posté il y a 3 mois
Nastasia Rugani vous présente « Je serai vivante »

À celles et ceux qui s’apprêtent à lire Je serai vivante

 

Ce texte m’accompagne depuis longtemps. Au cœur, je portais la voix d’une jeune fille seule face à un officier de police, et cette question : comment dire ce que signifie « être violé » ? J’ai modestement essayé d’écrire une pièce de théâtre qui n’en possède plus la forme. Oui, j’ai essayé. Je répète le verbe car je ne suis pas certaine d’avoir su écrire « l’être violé ».

Si mon roman existe aujourd’hui, c’est grâce à L’œil le plus bleu de Toni Morrison, à Speak de Laurie Halse Anderson, et à toutes les œuvres qui hurlent ou chuchotent le viol depuis des années. Fallait-il être sourd pour ne pas entendre les survivant(e)s ? Je ne crois pas. Nous, nous savions. J’ignore si les oreilles se débouchent peu à peu. On pourrait en douter à lire les terribles témoignages de femmes ayant récemment porté plainte dans des commissariats en France. Cependant, une toile de voix s’est tissée. Des « je te crois » comme des talismans. Des cris aussi. Un mouvement, peut-être. Une main tendue vers l’autre en plein cœur de l’horreur.

C’est pour cette raison que j’ai enfin commencé l’écriture de ce roman en 2019. Pour entrelacer une nouvelle voix à ce tissage. Quand ma plume s’est trouvée sous l’arbre fleuri, à l’endroit où le coupable a violé la jeune fille, le langage a pris un virage. C’est à voix haute que le texte s’est écrit. Il fallait peser le rythme et le souffle de l’anéantissement. L’écriture s’est glissée sous sa langue à elle, dans son tombeau. J’ai essayé de me fondre à l’intérieur de la chair blessée, de la force étourdie, du vocabulaire fracassé, des pensées bousculées de la jeune fille. Honorer sa douleur. Je voulais aussi tendre une main en littérature, et offrir à quelqu’un(e) la possibilité de voir resurgir la vie.

J’avoue redouter les soupirs du type « voici un énième bouquin sur le viol ». Je m’en veux aussitôt de songer à ces respirations sans importance. Je sais combien on insulte et on se trompe en pensant de la sorte. Le viol n’est pas un thème dans l’air du temps. Il s’agit d’un crime, un crime existentiel commis depuis toujours. Pourtant, ce crime se trouve parfois au centre d’un roman « fabriqué » et tassé de faussetés. La fiction a beau être le fruit d’un imaginaire travaillé, elle exige une forme de vérité pour sortir du papier et exister vraiment. C’est ce que je crois.

Je vous laisse en cet instant où la jeune fille chuchote sa vérité, non loin d’un cerisier en fleur.

Je vous remercie de votre lecture.

 

Nastasia

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