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Chroniqueur
Posté il y a 6 mois
Le Château des papayes

Ce que je trouve magique, c’est quand un livre jeunesse, qui n’est qu’un simple divertissement, transporte en réalité un message et des valeurs, belles, importantes. Cela donne alors à l’ouvrage un aspect insoupçonné, comme une deuxième histoire que l’on pourrait lire entre les lignes. Et alors, on grandit, on apprend, on mûrit, grâce à des mots qui peuvent nous toucher en plein cœur, forts malgré l’innocence du genre par lequel ils sont portés.

Et c’est exactement ce qui s’est passé avec Le château des papayes.

A onze ans, Ware possède une imagination débordante et fuit toute interaction sociale, au grand désespoir de ses parents. Lorsqu’il découvre une église à moitié démolie à côté du centre de loisirs où il doit passer l’été, Ware décide d’en faire son château : l’endroit idéal pour devenir un chevalier ! Sauf que les lieux sont déjà occupés par Jolène et les plants de papayes qu’elle tente d’y faire pousser.
Commence alors une incroyable aventure entre rêve éveillé et dure réalité…

Face à cette quatrième de couverture, je ne savais pas trop à quoi m’attendre quant à l’histoire. Un château, des papayes… Drôle de combinaison. Mais le tout semblait franchement attirant, par ce côté aventureux, rêveur, presque imaginaire…

Et bien, wow, quelle belle histoire ! Moi qui pensais lire un simple livre destiné à une tranche d’âge plus jeune que la mienne, j’ai été très agréablement surprise. Entre les pages ne se trouvait pas qu’une histoire légère, ce fut bien plus que ça. J’y ai trouvé de l’amitié, de la douceur, de la créativité… J’ai surtout été très touchée par Ware, dans lequel je me suis beaucoup reconnue. En effet, Ware est un enfant qui reste à l’extérieur des interactions sociales, qui se complaît plutôt dans son imaginaire, et qui est justement capable de faire d’une église en ruines un véritable château. C’est, émue, que j’ai revu en lui la Lou d’une 10-12aine d’années, assise seule sur le bitume de la cour du centre aéré, qui déteste être là car elle n’aime pas les autres enfants présents, et qui fait de feuilles et de bâtons tout un monde. J’ai donc parfaitement compris Ware, son besoin de solitude, le sentiment d’incompréhension, mais aussi sa fibre artistique, qui lui est inconnue. J’ai profondément apprécié son envie de justice, sa sensibilité et sa bienveillance.

Jolène m’a également beaucoup plu, avec sa fougue, son caractère très décidé et franc, et son côté très terre à terre. L’autrice, Sara Pennypacker, nous offre deux personnages très différents mais qui s’accordent très bien. Le côté rêveur de Ware donne une résonnance encore plus forte à Jolène, elle s’en trouve sublimée, par la douceur du jeune garçon. Celui-ci évolue également, grâce à ce côté justement plus réaliste, plus éprouvée, plus farouche de Jolène. Et ainsi finalement, les deux enfants nous offrent un duo irrésistible qui nous fait rire, nous émeut… Et même si l’intrigue en soi est assez simple : une église abandonnée transformée en château et en plantation de papayers, celle-ci porte des valeurs et des enjeux bien plus profonds qu’il n’y paraît.

Elle nous met face à ce que ça fait, de ne pas rentrer dans le moule. Elle nous met face à ce qui lie et sépare rêve et réalité. Elle nous apprend à quel point deux âmes humaines peuvent faire de belles choses ensemble, quand on prend la peine de s’écouter, d’essayer, de ne pas abandonner. Et surtout, elle nous apprend que même si l’on ne vit pas dans un monde de Bisounours, nos rêves et nos convictions, bien que confrontés à la dure réalité, méritent d’être poursuivis et vécus. Jusqu’au bout.

Grâce à ce livre, la Lou de 10-12ans s’est sentie revivre. Elle a souri, au fond de mes souvenirs. Elle a appris qu’elle était valable. Que ces longs moments de solitude, de rêverie, cette imagination débordante… Tout ça était normal, tout ça était ok. Et c’était même précieux.

J’ai revu grâce à ce livre la beauté de l’enfance, de ce qu’elle est capable de faire, que l’on soit idéaliste ou terre à terre. J’ai été touchée, par ces deux gosses qui apprennent à composer ensemble, à se comprendre, et qui, main dans la main, créent quelque chose d’important et de beau. J’ai souris, face à l’innocence, mais aussi à la part de réalité jamais édulcorée, le fait que ça ne soit pas tout beau tout rose.

J’aurais aimé être avec eux, apprendre avec eux l’importance de suivre nos convictions, peu importe ce qu’elles sont. J’aurais aimé être avec eux, pour la Lou de 10-12ans. Pour lui apprendre que c’est beau tout ce que l’on construit dans sa bulle. Et que c’est encore plus beau quand c’est partagé au monde, aux autres. Et ce pouvoir qu’offre la différence, lié à autrui, il peut même ériger des châteaux forts, faire pousser des papayers, faire espérer de nouveau, et accomplir quelque chose de beau.

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