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Chroniqueur
Posté il y a 2 ans
« La voix des ombres » de Frances Hardinge : un roman qui vous hantera

« La terreur est fatigante. Il est difficile de vivre indéfiniment dans son atmosphère, si bien qu’il faut tôt ou tard la remplacer par une attitude plus pragmatique. Un beau jour, on se réveille dans sa prison et on se rend compte qu’elle est le seul endroit réel. La fuite n’est qu’un rêve, une prière machinale en laquelle on ne croit plus. »

Dans un premier temps, on remarquera le sublime travail éditorial de cet ouvrage. La couverture est un plaisir pour les yeux et nous plonge directement au sein de cet univers spécifique.

En outre, l’histoire n’est pas en reste puisque la plume fluide, que les habitués de Frances Hardinge connaissent, nous entraîne avec délectation au cœur d’un univers sombre  et addictif.

Nous allons suivre Makepeace, une petite fille spéciale qui a la capacité d’interférer avec les fantômes. Cette dernière vit dans une petite ville de campagne. avec sa mère. Elles sont hébergées par leur famille.

Comme on peut l’imaginer, cette vie n’a rien d’enchanteresse car Makepeace est régulièrement visitée par des fantômes et cela la terrifie. Pour l’aider à maîtriser son don, sa mère l’enferme régulièrement dans un endroit lugubre et la laisse ici toute la nuit. Elle opère ainsi afin de l’aider à se défendre contre les âmes perdues et pour qu’elle puisse se protéger. Makepeace déteste ce mode opératoire. Elle se sent forcée, contrainte d’accepter ce destin et cela la met en colère. Elle se pose également des questions sur son père qu’elle ne connait pas.

Un jour sans qu’elle s’y attende, elle est confrontée à deux drames qui vont radicalement changer sa  vie.

Le premier arrive alors qu’elle se rapproche d’un ours battu à mort par ses dompteurs : elle reçoit l’esprit de l’animal. Celui-ci va l’habiter et faire partie intégrante d’elle. Elle va alors être en proie à un malaise intérieur car elle va lutter contre cet aspect d’elle qu’elle n’accepte pas.

Le second évènement marquant est le décès de sa mère. Cette dernière se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment. Lors d’un mouvement de rébellion, elle est bousculée et piétinée par la foule. Makepeace, appeurée par ce deuil et par cette cohabitation avec l’ours, s’enfuit.

Elle trouve un travail en tant que servante auprès des Fellmotte, une famille d’aristocrates d’où se serait enfuie sa mère, bien avant sa naissance. Elle se pense sauvée mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que cette famille détient des secrets effrayants et qu’ils vont bientôt avoir recours à elle pour un funeste destin. Elle va également en apprendre plus sur son père et sur les raisons pour lesquelles sa mère lui a tout caché de lui.

Le personnage de Makepeace est attachant, elle n’est pas épargnée par la vie et traverse tellement d’épreuves qu’on se demande comment elle tient. Je l’ai  aussi trouvé extrêmement mature pour son âge ⁣. Elle reste toujours indépendante, ne voulant s’attacher à personne par peur de souffrir. Elle a ses propres failles mais malgré cela, reste toujours juste et tellement humaine que c’en est beau. Elle fait son maximum pour survivre et échapper aux fantômes, ceux qui la hantent comme ceux qui la poursuivent, avant de se résigner et d’apprendre à vivre avec eux. C’est un beau message de résilience et d’espoir que l’autrice nous fait passer.

Les personnages secondaires sont également bien travaillés, on en croise beaucoup, certains à qui on va s’identifier, d’autres que l’on va aimer ou encore, d’autres que l’on va haïr.

Le style reste particulier, un brin gothique et je n’ai pas été déçue. J’ai été plongée dans un contexte historique remarquable, tellement bien décrit que j’avais l’impression de faire partie du récit. L’autrice nous emmène au fil des pages au sein d’un univers froid, hanté et hantant.

J’ai lu ce livre d’une traite et n’ai pas pu le lâcher avant la fin. J’ai adoré suivre la guerre intérieure de Makepeace, et observer les changements qui opèrent en elle. J’ai également apprécié l’intrigue qui combine l’aspect historique réel et l’aspect fantastique.

Certaines longueurs et descriptions pourront peut-être déranger ceux qui ont l’habitude d’un rythme plus soutenu mais elles sont essentielles pour ce roman et participent à son ambiance. Comme pour Makepeace, ce roman vous hantera longtemps.

Il plaira aux adolescents avertis mais également à un public plus âgé pour sa poésie et sa sensibilité.

Je ne peux que vous le recommander si vous aimez ces thèmes ou, si vous voulez sortir de votre zone de confort et découvrir un nouveau genre.

 

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