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La rédaction
Posté il y a 3 semaines
La chasse aux esprits

Melvin Burgess, surnommé « le parrain de la littérature jeunesse » avec plus de 20 romans à son actif, revient, 5 ans après La dose, pour une plongée fantastique dans le second monde, celui des sorciers…

L’été de ses treize ans, à quelques jours de la rentrée, la vie de Béa bascule lorsqu’elle sauve un lièvre poursuivi par des chasseurs sur la route de la lande. Elle jurerait que ce lièvre, en sautant par la fenêtre de la voiture de ses parents, lui a parlé… Plus encore, dans l’œil borgne d’un vieux lièvre, elle a plongé au cœur d’une infinité de mondes et son esprit s’est ouvert. Désormais, « la Sorcière oubliée » a révélé son don : elle perçoit le second monde, celui des esprits qui vivent en toutes choses et confèrent à certains leurs pouvoirs.

« Des mondes, des mondes et encore des mondes. Une infinité de mondes, certains semblables à celui-ci, d’autres si différents que c’en était inconcevable. Ils s’emboîtaient à la manière de poupées russes – on aurait dit qu’il y avait dans cet œil davantage de mondes que d’étoiles dans le ciel ou d’atomes dans l’univers. »

Car Béa n’est pas une jeune fille ordinaire : c’est une incantatrice, une sorcière devenue très rare qui peut invoquer les esprits vivants et s’en faire obéir. Retrouvée par les sorciers de sa ville, elle apprend que depuis des siècles la Chasse les traque sans relâche pour les éliminer. Grâce à la technologie, ils ont conçu un appareil leur permettant de voler les pouvoirs des sorciers, afin de s’en servir pour mieux les traquer – et les tuer. Le Chasseur, à la tête de l’organisation, rêve plus que tout de s’emparer du pouvoir d’une incantatrice, afin d’asservir lui-même les esprits des sorciers sans recourir à sa lente et encombrante machine.

« (…) la Chasse (…) avait toujours su surfer sur le progrès. Du temps des guerres de Religion, elle traquait les sorciers sous prétexte de croyances différentes. À l’âge du commerce, elle avait acquis des moyens de répression plus directs. À celui de la technologie, elle s’était mise à voler le don des sorciers. »

Devenue une véritable cible vivante, Béa ne sait plus à qui se fier : comment accorder sa pleine confiance à des gens étranges qu’on ne connaît que depuis quelques jours ? D’autant que ceux-ci lui demandent de quitter sa famille afin de rester en sécurité auprès d’eux ! Puis, il y a ses amis et le beau Lars, qui l’initient au skate depuis le début de l’été… Elle ne peut tout de même pas tout laisser tomber ?

« Le monde n’était jamais le même : un coup extraordinaire, un coup normal. Seuls les fous croyaient ça. »

Perturbée, Béa commence même à douter de sa santé mentale. Au fil des pages, on découvre que les apparences sont trompeuses et que les gens ne sont pas toujours ce qu’ils semblent être dans La Sorcière oubliée. Avec Béa, on passe de l’émerveillement lié à la découverte de ses pouvoirs à la crainte d’être folle puis à la terreur pure d’être traquée, de voir sa famille capturée, ou pire… Et puis, avec elle, on tombe dans les griffes d’une relation toxique, d’une emprise psychologique qui l’isolera pendant de longs mois. Convaincue d’aider à sauver les sorciers et à œuvrer pour contrer la Chasse, Béa obéira à celui qu’elle ne parvient pas vraiment à voir comme son geôlier, jusqu’à commettre l’irréparable… L’ignorance peut-elle excuser tous les actes ?

« Les fous croyaient à leurs hallucinations. Sinon, ils ne seraient pas fous. »

Dans ce roman poignant et âpre, Melvin Burgess pose la question de la maturité, de la responsabilité et de la culpabilité. Fort de ses thèmes habituels autour des tortures et des questionnements d’adolescents, on retrouve les notions de dépendance, de construction de son identité ou encore de violences, à la fois physique et morale. Sombre, parfois difficile, La Sorcière oubliée aborde des thématiques peu courantes en fantasy : l’endoctrinement, la manipulation, les relations toxiques…

« Comment des souvenirs aussi vifs pouvaient-ils être faux ? D’un autre côté, comment des choses à ce point impossibles pouvaient-elles être vraies ? »

Il n’en devient pas lourd ou moralisateur pour autant. C’est là tout le talent de Melvin Burgess. De sa plume percutante naissent la magie et l’humanité de ses personnages dans toute leur ambivalence. Foisonnant, l’univers magique se déroule sous nos yeux avec une puissance et une réalité envoûtante. L’héroïne, Béa, est à la fois forte et fragile, et fondamentalement attachante. Les personnages secondaires, presque tous inspirés des légendes nordiques, comme Lok le menteur sans visage, Odi le sage borgne, Tyra et sa Poigne de fer, Frey le lumineux… (je vous laisse retrouver à qui ils font référence), possèdent également de fortes personnalités qui les rendent réalistes et, immédiatement, aimables. Sans mentionner l’adorable Silvis, personnage-clé de ce roman…

« Il existe des milliards d’autres mondes, certains très différents de celui-ci. Par exemple, dans certains mondes, les morts de ce monde-ci vivent toujours ; à l’inverse, ceux qui sont vivants ici sont morts dans un autre. »

À la fois roman de fantasy haletant et roman humain saisissant, La Sorcière oubliée mêle le meilleur de la littérature adolescente dans une lecture intense, qu’on dévore d’une traite, avidement, sans une virgule de respiration.

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