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Chroniqueur
Posté il y a 4 mois
Hotel Castellana : les dessous de l’Espagne sous Franco sont dévoilés

Je n’avais jamais lu de romance historique avant Hotel Castellana et, j’avoue, je pensais que ce genre de roman était barbant.

*Erreur sur toute la ligne.*

Le résumé de ce roman m’avait attirée et c’est ce qui m’a convaincue de tenter une fois ce type de romance et sortir de ma zone de confort. Merci à Gallimard Jeunesse Romans pour l’envoi de ce livre !

 

La guerre est finie, mais les tortures continuent. Alors qu’il faut avoir un permis de chasse pour tuer un lapin, je vois tous les jours des femmes suppliciées et tuées sans raison. Aujourd’hui, la fille encore toute jeune d’un journaliste a reçu des coups tellement atroces qu’elle est morte en s’étouffant dans son propre sang.

 

Je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps : j’ai adoré ce roman. De A à Z. Pour ceux qui ne le savent pas, une romance historique s’inspire de faits réels de l’Histoire. Le récit est situé dans ce cadre historique et mêle des personnages et des faits fictifs et réels. J’ai aimé les recherches poussées que l’autrice a effectuées avant d’écrire son roman (on parle de sept ans de recherches !) et les articles d’Histoire qu’elle a glissé entre les chapitres. Ils appuient son récit et le rendent plutôt fidèle à la réalité de l’époque. Je trouve aussi que c’est une bonne façon de (ré)apprendre certains faits historiques et de se rendre compte de la vie de la période concernée.

J’ai aimé l’époque dans laquelle l’intrigue se passait. L’Espagne sous Franco regorgeait d’énigmes et l’autrice a su les utiliser pour créer une histoire au sujet fort et intéressant. Ruta Sepetys a notamment développé le « scandale des bébés volés » qui sévissait à l’époque. En effet, certains nouveau-nés, souvent issus de familles pauvres ou républicaines (pour rappel, Franco était fasciste), étaient déclarés comme mort-nés à leurs parents lors de l’accouchement alors que ce n’était pas le cas. Ces bébés étaient ensuite confiés à des orphelinats dans le but d’être vendu à des familles plus riches.

 

L’adversaire le plus dangereux est celui qu’on sous-estime.

 

Le point de vue du roman est omniscient mais on suit quatre personnages distincts : Daniel, le texan fraîchement débarqué à Madrid avec ses parents pour affaires, Ana une des femmes de chambre espagnoles de l’Hotel Castellana, Puri, la cousine d’Ana, qui travaille dans un orphelinat ainsi que dans une clinique madrilène et Rafa, le frère d’Ana qui travaille à l’abattoir et au cimetière.

On nous permet de suivre des personnages bien différents donc les attentes et les rêves sont, eux-aussi, distincts. Chacun des protagonistes nous apporte une vision de l’Espagne sous Franco, mais tous sont liés d’une manière ou d’une autre.

Ana éclaire les dessous des hôtels où les touristes américains richissimes vivent une vie paisible, jette l’argent par les fenêtres sans se rendre compte que leur plus petit billet correspond à des mois du salaire des madrilènes. Elle tient à son travail car il est bien payé pour une fille de bas étage comme elle. Elle respecte scrupuleusement toutes les règles édictées par l’établissement et se fait la plus petite possible, tout en étant à l’écoute des clients et efficace, pour espérer décrocher une lettre de recommandation qui lui obtiendrait une promotion. Ana s’empêche de rêver, à ses yeux, une fille comme elle n’a pas d’avenir. Elle a peur des désillusions et fait tout pour ne pas en vivre à nouveau. Il y a quelques mystères qui tournent autour de ce personnage, notamment les erreurs passées qu’elle aurait commises ainsi que les mots de menace qu’elle reçoit à son travail.

 

C’est ainsi. Tout choix de vie impose des sacrifices. Peut-être l’avez-vous déjà constaté ?

 

Je me suis beaucoup identifiée à Daniel, dans le sens où il est l’œil nouveau sur ce pays dirigé par un chef du camp nationaliste. Il ne connait pas le style de vie des espagnols ni les contraintes auxquelles ils sont confrontés. Daniel ne connaît pas non plus la pauvreté. A travers son appareil photo, il nous fait découvrir les dessous de l’Espagne. J’ai beaucoup aimé ce personnage, qui veut bien faire et trouver des solutions à tout. Parfois, il ne comprend pas qu’Ana ne se projette pas dans l’avenir et qu’elle ne puisse pas profiter de la vie. Il aimerait l’aider mais se rend compte que son aide pourrait lui faire du tort plus qu’autre chose. Daniel est le dénonciateur, celui qui est prêt à tout risquer pour ses nouveaux amis.

Les passages avec Puri ne sont pas nombreux mais ils sont toujours significatifs. Elle est témoin de beaucoup d’injustices et son cœur tendre est sa plus grande faiblesse. Elle a envie d’être ce qu’on appelle une bonne espagnole : une femme qui respecte les lois de son pays et qui est un modèle pour ce dernier. Ce qui équivaut à ne pas poser de questions et se taire. Mais Puri est une jeune femme curieuse et à la soif de savoir, elle a souvent de la peine à taire ses interrogations et elle est tellement fouineuse qu’elle se fait prendre en fâcheuse posture. On croit d’abord qu’elle est docile mais on remarque plus tard qu’elle a l’âme d’une rebelle.

 

Ne pas poser de questions. On dirait que c’est la devise de l’Espagne.

 

Et finalement, nous avons Rafa. Il est un rêveur né. Il rêve de gloire et de reconnaissance. Je pense que c’est le plus rebelle de tous, à toujours repousser les limites. Républicains dans l’âme, il cache ses espoirs et s’efforce de les faire taire. C’est un personnage plein de vie et de positivité.

Tous ces personnages apportent un point de vue intéressant sur la vie de l’époque. Je trouve que le fait d’avoir tant de situations différentes permet une vision très large de ce pays et j’ai une impression de « boucle bouclée » : le sujet a été bien traité et le récit ne me laisse pas sur ma fin.

 

Il y a des choses dont on ne peut pas parler, un tiroir sombre où sont exilés les vérités inexprimables. Julia le connaît bien. Tais-toi. Ne dis rien. Estamos mas guapas con la boca cerrada. « Nous sommes plus belles avec la bouche fermée. »

 

De plus, le roman tient un bon rythme. Les chapitres courts font que l’on ne voit pas passer les pages et les intrigues, qui se mêlent harmonieusement, nous tiennent en haleine du début à la fin.

Hotel Castellana est un roman a savourer. Il m’a donné envie de découvrir d’autres romans de l’autrice car j’ai beaucoup apprécié son style et sa minutie. Je ne peux que vous conseiller de vous lancer dans cette aventure enrichissante !

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