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Chroniqueur
Posté il y a 6 mois
Et pourtant nous sommes vivant : Un hymne à la résilience.

Dans ce roman choral, nous suivons un groupe d’adolescents dans une petite ville d’Angleterre, durant une nuit cruciale de leur existence. Ils se rendent à Amberside, un festival annuel organisé dans leur ville. Au programme : concert et feu d’artifice, seulement la soirée se trouve interrompue par des terroristes. Commence alors une nuit infinie et fiévreuse, réelle course pour survivre.

Le roman est raconté à la manière d’un documentaire, ou d’un recueil de témoignages. Chaque personnage racontant un morceau d’histoire tour à tour, jusqu’à nous offrir une vue d’ensemble de cette terrible nuit. Une mise en page que j’ai trouvé très intéressante, permettant une immersion totale dans les différents points de vue. Et une sincérité dans leur récit, avec le recul que permet ce type de narration. En effet, dès le début, on comprend que c’est la parole des survivants qu’on entend et qu’ils ont donc un regard unique pour raconter ce qui s’est passé.

Et pourtant on ne cesse de douter de leur chance de survie. Chaque page qui passe est un battement de coeur du lecteur. Sera Milano a su rythmer son ouvrage avec brio. Ne laissant aucune minute de répit, aucun souffle. Le lecteur ressent la tension d’une manière si puissante. Et pourtant aussi difficile que cela peut devenir pour le lecteur, il est impossible de lâcher le livre. Tenaillé entre la tension, la fuite et le désir de voir cette nuit s’achever, de pouvoir reprendre son souffle au même rythme que les personnages.

Et pourtant l’autrice parvient également à créer une profondeur chez ses personnages. Ce ne sont pas seulement des Survivants, mais des adolescents avec des histoires différentes. Traitant ainsi autant du rapport au corps qu’à la couleur de peau et ce que ça implique dans notre société. Mais aussi d’amitié, de handicap, du regard des autres, etc. Ainsi, on se sent plus proches de tous ces jeunes, ils pourraient être n’importe qui, n’importe où en Occident.

Je dois cependant avouer que cette lecture m’a profondément ébranlée. Elle était fascinante et les intentions de l’autrice m’ont réellement émue mais je dois dire que le rythme et le réalisme du récit sont si bien menés que je me suis trouvée moi-même très angoissée. Une fois le livre fermé j’ai eu du mal à en sortir mon esprit. Je pense que c’est en même temps une prouesse de l’autrice d’avoir pu toucher ainsi les lecteurs, mais également quelque chose dont il faut être conscient en commençant cette lecture.

Sera Milano désirait se concentrer sur le récit des personnes qui « ont eu de la chance », ceux qui ont pu survivre. Elle explique dans une note à la in de l’ouvrage qu’elle s’intéresse beaucoup à ce genre de récits. Ainsi, la parole est donnée, non pas aux médias, non pas aux experts, non pas aux proches. Mais à ceux qui y étaient, et sont revenus. Ceux qui peuvent raconter les actes incroyables d’amour et les sacrifices dont sont capables les humains dans ce genre de situation. La solidarité et la tendresse qui peuvent lier deux personnes durant une minute cruciale. L’autrice ajoute qu’en donnant la parole aux survivants et en se concentrant sur leur récit, elle souhaite nier les motivations des terroristes. En ne leur donnant ni un visage, ni un nom, ni même des revendications ou motivations, elle souhaite les invisibiliser, pour ainsi réduire leur pouvoir.

Je ne peux qu’applaudir son travail. Ses intentions étaient très intelligentes et respectables et elles ont été, à mon avis, véritablement bien mise en œuvre. Alors l’angoisse laisse peu à peu place à l’amour.

Aucun nom, aucun visage, ni couleur de peau ni religion supposée ne sont donnés aux terroristes. Et j’en étais plus que touchée. Ainsi elle met en lumière le fait que le terrorisme n’a pas d’âge, n’a pas de couleur de peau ni de religion. Il est universel.

Un livre bouleversant, qui ne laissera pas le lecteur intact. Et qui soulève beaucoup de problématiques avec délicatesse et précision. Un livre incontournable du XXIème siècle.  

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