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La rédaction
Posté il y a 3 semaines
Entretien avec Christelle Dabos

À l’occasion de la parution du quatrième livre de La Passe-miroir le 28 novembre, Christelle Dabos s’est livrée sur cette saga phénomène :

 

 

Si vous deviez résumer la série en quelques phrases, que diriez-vous ?

« C’est une histoire où toutes les apparences sont trompeuses et où la première impression n’est jamais la bonne (la deuxième non plus d’ailleurs). Dans un monde éclaté en morceaux, Ophélie est fiancée de force à un étranger, Thorn, qui l’emmène sur la lointaine arche du Pôle. Elle sait lire les objets avec les mains et traverser les miroirs. Quant à lui, il sait surtout se faire des ennemis. »

 

Comment vous est venue l’idée d’un tel univers ? Quelles sont vos inspirations, vos références ?

« Pour l’idée, ce n’est pas moi qui l’ai trouvée : c’est plutôt elle qui m’est tombée dessus, au beau milieu d’une promenade près de chez moi, dans un petit bois belge. J’ai d’abord vu un visage émerger d’un miroir. Et à partir de là, ça a été un big bang intérieur où se sont mélangés des objets animés, un monde éclaté en arches, des personnages à tiroirs et beaucoup d’énigmes à résoudre.

Pour mes influences, les œuvres que je cite d’office sont la Croisée des mondes de Philip Pullman, les Harry Potter de J. K. Rowling, Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll, le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault et les films d’animation de Hayao Miyazaki. Le tout saupoudré de contes, de récits bibliques et d’un maelström historique (Belle époque, XVIIe siècle versaillais, Empire romain). »

 

Vous semblez très proches de vos lecteurs. Pensez-vous à eux lorsque vous écrivez ?

« Ce qui pour moi donne du sens au fait d’être publiée, c’est la rencontre humaine sous-jacente. J’aime rencontrer mes lecteurs et prendre le temps de discuter avec eux, mais je ne me déplace pas souvent pour autant. Mon compagnon est lui-même très impliqué dans les échanges avec les lecteurs en ligne.

Mais quand j’écris, je m’efforce de faire abstraction de tout ce qui n’est pas le texte, l’histoire et les personnages. S’il m’arrive de glisser çà et là des clins d’œil aux amis qui ont vu grandir la Passe-miroir, ça se fait spontanément et c’est de l’ordre de l’anecdote. Je refuse d’écrire pour correspondre à des attentes, exaucer des désirs, coller à un effet de mode. Pourtant, j’ai peur de décevoir, mais même cette peur n’entre pas en compte – ne doit pas entrer en compte. Si je veux transmettre des mots authentiques aux lecteurs, il faut les oublier, et m’oublier moi-même. »

 

Y a t-il eu des changements dans votre processus d’écriture, dans votre appréhension des personnages entre le livre 1 et le livre 4 ?

« Houlà, oui. L’écriture est un acte profondément vivant, elle évolue en même temps que moi. Il s’est écoulé douze ans entre le premier mot et le point final de La Passe-miroir. Au début, écrire était une évasion, j’improvisais continuellement sans me soucier de la page suivante, je cédais à certaines facilités scénaristiques et faisais des expérimentations stylistiques pas toujours très inspirées. Surtout, je restais à la surface : des personnages, de l’histoire, de moi-même. Aujourd’hui, ce qui me passionne, c’est de creuser en profondeur, aller vers l’essentiel, sonder l’humanité des personnages, sortir de mes zones de confort, aller là où ça me bouscule, penser autrement qu’en termes de bien et de mal. »

 

Comment vivez-vous la fin de cette série ?

« Mieux que ce à quoi je m’attendais. Ce qui a été très douloureux, jusque dans mon corps, ça a été d’écrire les derniers chapitres. C’était extrêmement angoissant. La première phrase de l’histoire remonte à 2007, une cohabitation sur un tiers de ma vie : qui allais-je être sans ma Passe-miroir ? J’appréhendais beaucoup le point final. Et pourtant, à présent qu’il est posé, je ne me sens pas “moins” qu’avant. Pas de deuil, pas de chagrin. Ni moi ni l’histoire ne sommes mortes. En fait, c’est plutôt le contraire. Je vois chaque jour sur internet mes lectrices et mes lecteurs prolonger mon imagination à travers la leur, animer mes personnages, réinventer de nouvelles règles. Et c’est parfait ainsi. La Passe-miroir n’a apparemment pas dit son dernier mot. Quant à moi, j’ai déjà de nouvelles idées qui fourmillent dans ma tête et dans mes doigts. »

 

Que souhaitez-vous que le lecteur ressente, en refermant ce livre 4 ?

« Juste ce qu’il faut de satisfaction pour avoir un sentiment de complétude et juste ce qu’il faut de frustration pour exciter son imagination. »

 

La saga est devenue un vrai phénomène, vendu à des milliers d’exemplaires et traduite en une quinzaine de langues. Vous attendiez-vous à un tel succès ?

« Je ne m’attendais à rien. À l’origine, je ne voulais même pas être publiée ; je jugeais cela trop effrayant. Peur d’être jugée, peur d’être critiquée, peur d’être idéalisée, peur d’être décevante. Ça ne s’est pas fait facilement, mais de franchir ce cap m’a aidé à apprivoiser le regard des autres en même temps que mon propre regard. À chaque nouvelle étape, chaque nouveau pays où mes livres sont diffusés, chaque nouveau seuil franchi dans les ventes, chaque fois qu’il y a de plus en plus « d’autres », je suis toujours déconcertée. Par l’écho que mon histoire peut avoir chez tant de personnes différentes, déjà. Par le fait que ça ne change pas ce que je suis pour autant, ensuite. »

 

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