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La rédaction
Posté il y a 2 mois
Une lecture comme une explosion

A l’occasion de la sortie de Dix jours avant la fin du monde, le nouveau livre de Manon Fargetton, Amy, rédactrice OLPF, vous présente ce roman au rythme haletant, où chaque page qu’on tourne sonne comme un compte à rebours implacable.

« C’est drôle, l’existence. Quand on est jeune, on croit qu’on ne tombera pas dans ses pièges, qu’on fera mieux que ses parents, mieux que tout le monde. On a tout prévu. On n’imagine pas que des galères peuvent nous tomber dessus – ça n’arrive qu’aux autres – et on attend de l’univers qu’il se plie à nos désirs. Jusqu’au jour où on comprend que les autres, ça peut aussi être nous.»

Dix jours avant la fin du monde, ça commence comme ça, par un jour comme les autres. Et puis, les informations annoncent le drame : un étrange mur d’explosions ravage la Terre, du Pôle Nord au Pôle Sud, balayant lentement mais sûrement chaque centimètre-carré de la planète de méridien en méridien. On estime que l’intégralité du globe sera balayée d’ici dix jours. Dernière région à être atteinte : une ligne courant à travers la Bretagne française et les pays d’Europe et d’Afrique sur sa trajectoire. L’humanité réagit.

Face à l’inéluctabilité de leur sort, chacun réagit à sa façon. Certains abandonnent, la plupart fuient, autant que possible, vers la « dernière frontière de l’humanité ». Certains se suicident, d’autres au contraire se lancent à corps perdu dans une quête pour vivre à fond ces derniers instants.

« Il n’y avait qu’une incapacité chronique à vivre, qu’une incompatibilité à être au monde, une impossibilité fondamentale à affronter le quotidien de ses pensées. Une pesanteur indissoluble et inexprimable. »

Au milieu de tous, un petit groupe hétéroclite de personnages hauts en couleur se voit rassemblé par le destin. Il y a Lili-Ann, l’étudiante rêveuse et désœuvrée qui cherche à tout prix à rejoindre sa famille sur la côte bretonne. Il y a Valentin, jeune adulte grandi trop vite qui ne sait pas vraiment qui il est depuis que sa mère est morte. Il y a Brahim, le chauffeur de taxi humaniste, puis, sur la route de ces trois-là, voici Sara et Gwenaël, couple mal assorti entre une ingénieure en drone de sauvetage et un écrivain obsessif. Tous les cinq luttent, à leur manière, contre le compte à rebours qui signe la fin du monde et leurs propres démons. Leur seul point commun, c’est ce refus de s’abandonner au désespoir, de ne pas avoir renoncé, de chercher coûte que coûte à gagner cette course contre le temps.

« Commencer un livre, c’est avoir la responsabilité de le finir. »

Sur la plage, on rejoindra Béatrice, policière dévouée qui tente tant bien que mal de garder un semblant d’ordre sur la plage, Maxence, le vieux violoncelliste au passé mystérieux ; puis Laure, la sœur de Lili-Ann et sa famille, Marc et la petite Ninon.

Le livre démarre comme la quête solitaire de chaque héros pour survivre, avant de se transformer en un road-trip hasardeux entre ces personnages qui ne se seraient jamais rencontrés. Tout au long du voyage, la menace, omniprésente, angoissante, des explosions qui se rapprochent, des gouvernements impuissants, l’incapacité à expliquer le phénomène ou à trouver des façons de survivre.

« Fais de chaque seconde à venir un joyau fragile comme une fleur sauvage.»

A l’aube de la fin des temps, sommes-nous tenus de faire le bien ? Qu’est-ce qui compte le plus, quand quelque part plus rien n’a d’importance ? Peut-on encore aimer l’autre, dans l’imminence de la mort ? Où trouver l’espoir ?

« Bah, ça serait un peu triste que l’existence s’arrête à jamais quand on passe l’arme à gauche. Et en même temps, s’il n’y a rien, ni paradis ni enfer ni quoi que ce soit, on n’aura pas l’occasion d’être tristes, parce que, ben, on sera morts, vraiment morts morts, sans possibilité de ressentir ou de penser. Alors je me dis, on verra bien. Si ça continue, je serais content. Si ça s’arrête pour de bon, je ne pourrais pas être déçu. C’est gagnant-gagnant. »

C’est la quête intense, haletante, de tous, pour trouver en soit la force de ne pas céder au désespoir. C’est l’histoire, un peu, de ce à quoi on se raccroche alors qu’on sait que la fin approche : ses enfants, ses amours, ses histoires. C’est aussi une grande fresque humaniste, profonde, touchante, bouleversante, un roman qui touche à l’humain plus qu’à la science-fiction. Il s’agit de cœur, d’âme, de rencontres, de sens moral aussi. De personnages qui se battent pour trouver un sens à ce qui n’en a pas, et qui, jusqu’à la dernière ligne, nous entrainent à leur suite dans cette quête désespérée.

« Deux personnes qui s’aiment devraient être réunies à la veille de la fin du monde ; c’est cela, la seule chose qui ait encore du sens. »

A la fois palpitant et émouvant, porté par la plume hypnotique et chantante de Manon Fargetton, Dix jours avant la fin du monde est un roman dont on ne peut sortir indemne, et dont l’écho assourdissant se fait ressentir bien après la dernière vague.

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