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Posté il y a 7 mois
Traverser les miroirs

A l’occasion de la sortie des Disparus du Clairdelune dans la collection Pôle Fiction, Charlène, rédactrice On Lit Plus Fort, nous livre son avis sur la saga La Passe-miroir.

Ophélie est une jeune femme réservée et maladroite dont le talent est de lire le passé des objets en les touchant, et de traverser les miroirs. Bien tranquille sur l’Arche d’Anima où elle tient le musée d’histoire, sa vie se voit bouleversée le jour où on la marie de force au glacial et taciturne Thorn. Ce mariage la contraint à déménager pour le Pôle, l’arche d’origine de son futur mari. Elle y découvre alors un monde hostile, balayé par la neige et le blizzard, tissé de secrets, d’intrigues de cour et de complots… Et comprend bien vite que sa présence en ces lieux n’est pas bienvenue. Mariée de force, désorientée, loin de tout ce qu’elle a connu et aimé, la voilà également menacée de mort !

« Quand je vous ai dit que vous aviez une prédisposition surnaturelle aux catastrophes, ce n’était pas une invitation à me donner raison. » – tome 2, Les Disparus du Clairdelune

Tourner pour la première fois les pages des romans de Christelle Dabos, c’est un peu comme traverser soi-même un miroir. On bascule immédiatement dans un autre univers, porté par le phrasé si spécial, poétique, de l’écriture de Christelle. Ses personnages, la timide Ophélie, l’attachant grand-oncle, la sévère tante Roseline et même le glacial Thorn, nous attrapent par la main comme des amis de longue date pour nous entraîner à leur suite, d’Arche en Arche, d’aventures en aventures.

« L’ignorance est moins dangereuse que la connaissance. » – tome 2, Les Disparus du Clairdelune

Le personnage d’Ophélie est le guide parfait pour l’exploration de ce nouvel univers. Tout aussi perdue et bouleversée que nous par ce qui lui arrive, elle découvre, couloir après couloir, l’immense labyrinthe qu’est la Citacielle, une ville flottante dans le ciel du Pôle comme une ruche d’abeille, où séjourne la cour du seigneur Farouk. Dans ses allées balayées par les vents glacés du Nord s’ourdissent complots et manigances. Dans ses jardins artificiels s’organisent de délicieuses soirées ou, au contraire, des orgies dépravées dans les quartiers du frivole Ambassadeur Archibald. Si le décor est composé de mirages, ni le froid ni la violence du monde dans lequel elle est plongé n’en sont un, et il devient difficile pour Ophélie de distinguer ses amis de ses ennemis…

« Si Ophélie avait retenu une chose dans la vie, c’était que les erreurs étaient indispensables pour se construire. » – tome 2, Les Disparus du Clairdelune

Petit à petit, on explore plus avant l’univers incroyablement riche et vaste de La Passe-Miroir. On découvre l’origine d’un monde brisé en morceaux, où chaque île flottant dans les cieux abrite une famille, guidée par un « esprit de famille », un être immortel aux puissants pouvoirs qui serait l’ancêtre des habitants de chaque Arche. Il leur aurait ainsi transféré une partie de ses pouvoirs, ainsi que des caractéristiques communes. Au cours des trois tomes, on découvrira toujours un peu plus de choses, voyageant d’Arche en Arche, explorant les pouvoirs et possibilités de chacun (notamment dans le tome 3 – La Mémoire de Babel).

« Raconter le passé en refusant de raconter la guerre, c’est mentir. » – tome 3, La mémoire de Babel

Mais on explore également ses mystères, ses légendes, ses secrets. Quel est ce mystérieux Livre qui obsède tant le seigneur Farouk, l’esprit de famille du Pôle, et pourquoi Artémis, l’esprit de famille d’Anima, l’arche d’origine d’Ophélie, possède-t-elle le même ? Quelle est la véritable raison du mariage diplomatique entre Ophélie et Thorn, et quel rôle la jeune femme est-elle supposée jouer sur ce grand échiquier d’intrigues ? L’histoire nous amène à percer bien des mystères au fil des tomes.

« Les dés étaient aléatoires, pleins de surprises ; ils n’étaient pas immanquablement décevants comme les êtres humains. » – Tome 1, Les fiancés de l’Hiver

Loin du portrait de l’héroïne maladroite qu’on nous dresse au début, Ophélie se révèle pleine de ressources face à l’adversité. N’écoutant que son courage, son grand cœur et son envie de reprendre en main sa vie, elle affronte les dangers et les obstacles qu’elle rencontre avec une détermination qui force l’admiration. J’ai beaucoup aimé le développement de ce personnage au cours des trois tomes de la saga, sa capacité à s’émanciper, à se trouver dans l’adversité, à se confronter à ses défauts et à les dépasser. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces du récit : la complexité de chaque personnage. On nous les présente toujours sous des angles assez peu flatteurs, leur laissant petit à petit le soin de se révéler à nous dans toute leur subtilité. On apprend peu à peu à les aimer, tous à leur façon, de la sévère mais aimante tante Roseline, à la terrible mais maternelle Bérénilde, sans oublier l’irrévérencieux Archibald et le taciturne Thorn.

« – La première fois que je vous ai vue, je me suis fait une piètre opinion de vous. Je vous croyais sans jugeote et sans caractère, incapable de tenir jusqu’au mariage. Ça restera à jamais la plus grosse erreur de ma vie. » – tome 2, Les Disparus du Clairdelune

La Passe-Miroir, c’est trois tomes d’une saga fantastique absolument exceptionnelle, comme on en a plus vu depuis Harry Potter. Ses personnages, son univers, prennent vie sous une plume colorée, unique, à l’humour discret mais résolument présent, dont la fluidité et la richesse ne s’assèchent jamais. Des expressions surprenantes de la tante Roseline aux phrasés indolents de Farouk, du mauvais caractère des maisons d’Anima à l’architecture mouvante de la Citacielle, le monde que crée Christelle Dabos prend vie sous ses mots avec une puissance rarement égalée en littérature.

« La seule véritable erreur est celle qu’on ne corrige pas. » – tome 3, La mémoire de Babel

Mais sois prévenu, lecteur imprudent ! Une fois le miroir traversé, tu seras incapable de revenir dans ton propre monde tant que tu n’auras pas lu jusqu’à la dernière page. Car la cruauté bien connue des auteurs pour nous laisser sur des suspens insoutenables à chaque chapitre ou à chaque tome semble avoir frappé ici aussi… Sans oublier leur capacité à nous briser le cœur, à nous frustrer d’émotions, à nous donner envie de secouer les personnages pour qu’ils… Oh ! Je dois me taire, car continuer serait spoiler, et je sais que vous êtes déjà en route vers votre librairie préférée pour vous jeter sur le premier tome de ce petit bijou. Si vous voulez un conseil, prévoyez d’ores et déjà le second dans votre poche…

« On peut aimer d’un seul regard. D’ailleurs, on ne s’aime jamais si bien que quand on se connaît fort mal. » tome 1, Les fiancés de l’Hiver

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