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Chroniqueur
Posté il y a 2 mois
S’Enchanthé au Club des Mauvais Jours

La lecture de ce roman est comme une cérémonie du thé, sacrée et ordonnée. Son parfum rappelle cette note délicate de la bonne société londonienne de l’ère victorienne mais cette odeur cache un soupçon amer de meurtres et de complots. Comme l’ajout d’arômes pour pimenter le thé, l’autrice instille ses recherches historiques sur ce monde aristocratique d’un siècle passé où la modernité prenait son envol. Elle infuse des détails pour insuffler de la vie et du réalisme à sa création.

« Elle attrapa son bras puis se figea, terrifiée par sa propre inconvenance et par la violence soudaine qu’elle lisait dans le regard du comte. Il avait serré aussitôt le poing et ses muscles s’étaient contractés sous la main d’Helen, comme s’il allait la frapper. »

Comme frappés d’un égarement passionnel, on se prend au jeu, on se laisse porter par cette enivrante odeur, empreinte d’une passion tant bien que mal retenue par ces amants prédestinés. Lorsque le liquide rencontre nos papilles, on goûte à un univers fantastique qui nous transporte à travers le noir destin des Vigilants. Néanmoins, alors que l’extase procurée par le breuvage est éphémère, celui des mots dure dans nos esprits d’une manière surnaturelle. Tout comme pourrait se questionner un profane sur l’existence même du thé et ce qu’il procure, il me faut pour votre compréhension vous raconter en détail l’histoire de cette jeune fille à l’ombre insoumise d’Elizabeth Bennet, Lady Helen Wrexhall. Avant que le récit nous emporte, son monde se résumait seulement aux bonnes manières et l’apprentissage d’une étiquette stricte et implacable. Elle restait convaincue que son avenir consistait seulement à prendre pour époux, un homme de bonne naissance et qui serait capable de rétablir sa réputation jusqu’à alors ternie par le passé de ses parents.

« Un suicide ? Helen ferma les yeux en luttant contre le sentiment d’horreur qui l’envahissait comme une nausée. Aucun crime, aucun péché n’était pire. »

Pire, en effet. Elle ignore encore l’existence d’une autre forme de société beaucoup plus cruelle, beaucoup plus surnaturelle, les Abuseurs, des créatures qui se nourrissent de nos désirs, de nos péchés et de nos peurs jusqu’à nous en faire mourir. Seules quelques personnes ont reçu le pouvoir de les vaincre. Ils se nomment les Vigilants. Et Lady Helen est obligeamment invitée à rejoindre le Club des mauvais jours, leur congrégation.

« Nous sommes des oiseaux rares, vous et moi. Des gens comme nous, il n’y en a que huit dans ce pays et environs deux cents répandus à travers le monde. »

Les mondes créés par Alison Goodman coexistent durement, l’un dans son insouciance mondaine ignore l’existence de l’autre, tandis que cet autre profite, abuse, se mêle et se nourrit dans le secret. Cependant, ce monde nocturne et caché se multiplie tant et si bien que cette coexistence est mise en péril, leur nature se révélant aux humains. Et tel un Abuseur, l’auteure aspire notre âme et se nourrit de notre curiosité, de notre peur et de notre excitation !

Telle une mise en abyme, les mots nous invitent à découvrir l’héroïne se découvrant elle-même. Nous vivons à ses côtés sa crainte, sa nervosité, son audace, son impulsivité. Malgré sa capacité à cerner la nature d’autrui d’un simple regard, elle est incapable de se connaitre elle-même et de comprendre sa véritable nature. Alors qu’elle s’interroge sur son passé trouble et sur l’héritage de son sang, nous en tant que lecteurs, nous sommes tournés vers le futur avec cette récurrente question qui bouillonne dans notre tête : « Mais que va-t-il se passer ? ». L’imprévisible nous assoiffe et lorsque notre tasse de thé se trouve vide, il nous faut de nouveau la remplir. Et pourquoi ne pas vous inviter au Club des Mauvais Jours ?

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