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La rédaction
Posté il y a 2 semaines
Pour vivre heureux, vivons perchés

Comment vit-on lorsque l’on sait qu’un jour, on deviendra aveugle ?

C’est l’histoire de Mafalda, 10 ans, dont la pupille est rongée par une maladie appelée « brouillard de Stargardt ». Petit à petit, des tâches noires grignotent son champ de vision et sa vue se brouille : un jour prochain, elle sera plongée dans le noir. Et bien qu’elle ait appris à vivre depuis sa naissance avec cette maladie dégénérative, apprenant à la pallier à grands coups de loupe de lecture et d’astuces en tout genre, la perspective de ne plus rien voir du tout la terrifie.

Tous les enfants ont peur du noir. Le noir, c’est une pièce sans porte ni fenêtres, des montres qui t’attrapent et te mangent en silence. Moi, je n’ai peur que de mon noir à moi, celui que j’ai dans les yeux.

Son repère, c’est le grand cerisier à l’entrée de l’école : elle compte la distance à partir de laquelle elle parvient à le discerner. Plus le temps passe, plus cette distance s’amenuise. Pour Mafalda, ce cerisier est le centre du monde : c’est un géant, vivant, qui abrite les âmes des gens qui lui sont chers, sa grand-mère décédée et son héros de roman préféré, Cosimo du Baron Perché.

Marcher dans le noir, ça fait drôle, tu as l’impression de nager entre les feuilles liquides et noires d’un arbre, avec les branches qui essayent de t’arrêter, mais gentiment, sans déchire ton t-shirt. Toi, tu avances en te sentant en danger et en équilibre en même temps, tu es seule, mais comme surveillée par quelqu’un que tu ne connais pas et qui n’est pas ta maman du haut du balcon.

Pour la petite fille, le plongeon dans le noir signifie la fin du monde tel qu’elle le connaît. Malgré toutes les solutions mises en place pour lui faciliter la vie lorsque ce jour terrible arrivera, elle est convaincue qu’elle ne pourra plus rien faire comme avant, plus rien faire du tout. Elle le voit bien, elle, qu’elle perd ses amis parce qu’elle ne peut plus faire les mêmes activités à cause de ses mauvais yeux, qu’elle est toute seule. Elle se rend compte qu’il lui est difficile de se déplacer toute seule, de s’habiller dans le noir, d’écrire, de dessiner, de reconnaître les gens. Comment fera-t-elle, alors, quand elle n’en sera plus capable ?

« Trouve ta rose Mafalda. Trouve ton essentiel. Quelque chose que tu peux faire même sans les yeux. »

Non, c’est décidé : quand le noir viendra, Mafalda rejoindra Cosimo et sa grand-mère dans le grand cerisier : elle y construira sa cabane, et n’en descendra plus.
Mais la vie, ce n’est pas un roman d’Italo Calvino et les choses ne se déroulent pas toujours comme on le rêverait… Parfois pour le pire, et parfois… pour le meilleur.

« On ne vit pas quand on a peur. »

Né d’une expérience autobiographique, « Du haut de mon cerisier », de Paola Peretti, fait l’effet d’une petite bombe. Écrit d’une voix d’enfant, il se montre pourtant grave et profond, extrêmement touchant et réaliste. Il parvient à évoquer des sujets douloureux avec justesse et délicatesse, sans jamais tomber dans le pathos, tout en parvenant à transmettre un optimiste et une force bouleversants.

Il n’est peut-être pas très poli, mais il résout pas mal de problème, ce Filippo. C’est peut-être ça, la différence entre l’amitié et l’amour. L’amitié, c’est facile, alors que l’amour, ça te met beaucoup de confusion dans la tête, un peu comme le brouillard Stargardt dans les yeux.

Mafalda, du haut de ses dix ans, est un personnage aussi innocent qu’attachant, comme une petite sœur à laquelle on s’identifie. Filippo, son nouvel ami, est un personnage masculin comme on aimerait en voir plus souvent, à la fois brusque et brute, et délicat, attentionné, fragile parfois. Estella, la concierge de l’école, apporte une sorte d’ancrage dans le monde réel, élargissant le spectre de l’histoire au-delà de la maladie de Mafalda et l’aidant à grandir avec des leçons de vie distillées avec poésie, loin d’un ton moralisateur.

Parce que quand tu es amoureux, ce n’est pas que tu vois mieux, mais tu as moins peur de te cogner partout.

Porté par cette plume au lyrisme enfantin, l’ouvrage défile sans qu’on s’en aperçoive, comme une chanson un peu mélancolique que l’on en a envie d’écouter jusqu’à la fin. Il n’y a pas grand-chose à ajouter, quand un ouvrage parle de lui-même à ce point-là : il n’y a plus qu’à trouver une branche de cerisier sur laquelle se poser pour l’y dévorer à son tour.

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