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La rédaction
Posté il y a 2 semaines
Manon Fargetton répond à vos questions !

À l’occasion de la sortie de « Dix Jours avant la fin du monde » Manon Fargetton a accepté de répondre aux questions de ses lecteurs dans le cadre d’un concours organisé par l’équipe On Lit Plus Fort. Trois de ces questions ont été retenues : découvrez les réponses de l’auteure !

Emilie : Dans Dix Jours avant la fin du monde, quel est le personnage en qui vous vous reconnaissez le plus et pourquoi ?

Manon Fargetton : J’ai un lien avec chacun d’eux, sinon je ne pourrais pas les écrire. Le plus évident pourrait être Gwen, par son rapport à l’écriture et la création, justement. Mais je suis au moins aussi attachée à ma famille et à la Bretagne que Lili-Ann ; j’ai une trouille absolue de perdre les gens qui me sont chers comme Sara ; je me bats avec mes ombres comme Valentin ; je suis capable d’embrasser la lumière et de chercher l’éclat de beauté partout comme Brahim ; j’ai tendance à me perdre dans mon boulot (et à un y fuir parfois) comme Béatrice, avec qui je partage aussi un sens de l’ironie un peu noir et l’amour des gens cassés et bourrus.

Je suis une solitaire qui a besoin des autres, comme une bonne partie de ces personnages. Et pourtant, ils ont tous aussi une ou plusieurs composantes qui me sont étrangères, parce que je suis incapable d’écrire des autofictions. Valentin en parle, à un moment. Les personnages qui sont trop « moi » me paralysent, je ne sais pas les écrire. J’ai besoin à la fois du lien et de la distance pour trouver la justesse…

 

Manon : Avez-vous un petit rituel pour dire au revoir à vos personnages après avoir vécu plein d’aventures avec eux ?

Manon Fargetton : Pas vraiment. Le plus souvent, ils poursuivent leur chemin en moi, m’accompagnent durant des années après l’écriture, ils muent, reviennent parfois se fondre dans d’autres personnages en devenir, comme des échos. Et puis, vous me parlez d’eux en salon, en rencontres scolaires, sur les réseaux sociaux… Il suffit que je pense à eux pour qu’ils reprennent corps en moi, aussi vivaces et entiers que pendant l’écriture de leur(s) roman(s). Alors pourquoi leur dire au revoir ? Ils sont là, encore.

 

Astrid  : Si justement il ne vous restait que dix jours à vivre, quel livre liriez-vous et pourquoi ? Dans votre ouvrage, vous parlez d’un monde certes fictif mais bien ancré dans la réalité, vous êtes-vous inspirée de ce qui se passe actuellement pour l’écrire ? Quelle injustice voudriez-vous le plus combattre ?

Manon Fargetton : Dis donc Astrid, tu triches ! On avait dit UNE question ! Mais elles sont jolies, alors allons-y…

Si je savais qu’il me restait dix jours à vivre, je crois que je ne prendrais pas le risque d’être déçue par une nouveauté, mais je relirais, retrouverais des personnages que j’aime comme de vieux amis. Calvin & Hobbes, peut-être, pour la tendresse absolue, la poésie désabusée, l’humour vibrant. Ou l’Antigone d’Henry Bauchau, qui a été une claque magistrale il y a une dizaine d’années et que je n’ai jamais relu depuis, contrairement à d’autres de ses romans…

Les écrivains sont des éponges, donc bien sûr, je m’inspire de ce qui nous entoure. Dans Dix Jours avant la fin du monde, les explosions peuvent évoquer les attentats récents ; et puis soudain, nous sommes tous des migrants qui cherchent à fuir l’horreur… La scène du corps qui s’échoue sur la plage est forcément liée à d’autres corps qui s’échouent sur d’autres plages… On peut écrire de la science-fiction, on peut inventer des mondes entiers, des extra-terrestres, des monstres, des mages, on parlera toujours de notre réel et de notre (manque d’)humanité. Il n’existe pour moi pas d’autre sujet.

Pour autant, je ne crois pas que je combatte des injustices en écrivant. Je tends un miroir. J’encourage l’empathie. Je connecte, j’espère, des êtres entre eux – les fictifs et les réels qui, plongés dans mes histoires, les absorbent et se les approprient.

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