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La rédaction
Posté il y a 3 mois
L’Histoire au plus proche de nous

Tu aimes l’histoire, mais tu apprécies un peu moins les gros pavés historiques de 500 pages rébarbatifs ? La Grèce Antique est une période qui te fascine, mais les manuels, ça va bien cinq minutes ? Viens vite découvrir « Les Révoltés d’Athènes » de Mathilde Tournier !

 

Audacieux et percutant, le premier roman pour adolescents de Mathilde Tournier nous plonge dans un épisode sanglant de la guerre opposant Athènes à Sparte, au Ve siècle : la tyrannie des Trente. À la fin de la guerre du Péloponnèse, Athènes est vaincue et un nouveau gouvernement est imposé par Sparte. Trente aristocrates, pourtant Athéniens d’origine, fondent alors un régime de terreur dans une cité déjà ravagée par la guerre, la famine et l’invasion spartiate.

De Spartiate, on n’en avait jamais vu de près. Pour nous, c’était des rustres, comme tous les gars du Péloponnèse, même si nous-mêmes, au Pirée, on était trop pauvres pour avoir reçu une éducation. Mais bon, on était athéniens. On ne savait peut-être pas lire, mais on allait écouter les orateurs et on votait les lois à l’Assemblée.

Héraclios n’était qu’une jeune recrue lorsqu’il a vu l’intégralité de la flotte athénienne se faire couler par les forces du général spartiate Lysandre : lui-même ne doit sa survie qu’à un heureux concours de circonstance – et la complicité d’un soldat de Sparte s’opposant à l’autorité de Lysandre. Bien décidé à survivre coûte que coûte pour aider sa famille, il fera tous les sacrifices nécessaires pour traverser la terrible famine imposée lors du siège d’Athènes par les Spartiates. Issu des basses classes de la société, il ne dispose d’aucune ressource et d’aucune éducation, mais il est animé par un farouche sens de la justice et la conviction que la démocratie athénienne mérite d’être défendue.

Après nos murs, c’était la démocratie qui s’écroulait sous nos yeux.

De rencontres en rencontres, le voilà devenu le favori de Thrasybule, un général exilé par le nouveau régime à cause de ses positions résolument démocrates, qui a patiemment rassemblé son armée en attendant son heure. Bientôt, Thrasybule s’apprête à marcher sur Athènes et à faire tomber la terreur imposée par Sparte, pour rendre la cité à ses citoyens…

Ces hommes-là avaient donc naturellement des sympathies pour l’accès au pouvoir par le plus grand nombre, même si, au fond d’eux, ils ne pouvaient s’empêcher de nous mépriser un peu, nous les plus pauvres, de penser qu’on est pleins de poux et de maladies sous les ongles.

Avec une verve résolument moderne, Mathilde Tournier réussit le tour de force de rendre le roman historique très actuel et accessible. En choisissant de se focaliser sur le destin d’un jeune homme, qui n’est pourtant « personne » au début de l’ouvrage, elle rend le récit proche de ses lecteurs. On s’identifie fortement à Héraclios, à ses questionnements, à son désir de justice et de protéger sa famille. L’Histoire avec un grand H se déroule, s’articule autour de lui, tableau immense autour d’un point central, mais nous la vivons avec la candeur, l’incompréhension parfois, d’un jeune soldat qui n’a pas choisi la guerre. Ils sont drôles, ils sont touchants, ils s’expriment comme nous parlons, ils jurent beaucoup aussi : bref, on tombe vite sous le charme de cette brochette de personnages, dont la majorité a vraiment existé.

– Regardez-bien ces flammes, Athéniens ! Souvenez-vous-en quand l’ennemi viendra à nous !
Cette nuit-là, on s’est gorgés de l’horreur, prêts à la recracher à la gueule des Trente.

On nous parle, de façon simple, évidente, de l’organisation de la démocratie à l’époque d’Athènes ; on évoque les dieux et les croyances ; on y croise des orateurs, des philosophes, dont les noms résonnent encore aujourd’hui, comme Platon ou Socrate. On s’interroge sur des valeurs humaines, sur le sens des mots, le sens des choses. Loin de n’être que le récit d’une guerre, ou le destin exceptionnel d’un futur héros, il s’agit avant tout d’un ouvrage qui cherche à créer du sens. Il amène une véritable profondeur dans son écriture, poussant à la réflexion.

Qu’est-ce que l’ennemi ? Certainement pas ces hommes qui étaient nés et avaient grandi sur la même terre que la mienne et avec qui j’avais sans doute des ancêtres en commun.

L’écriture, intelligente et fine, de Mathilde Tournier, nous livre ici un véritable OVNI dans le monde de la littérature historique. Les Révoltés d’Athènes est une petite pépite, explosive et percutante, qui nous questionne encore aujourd’hui sur le sens de la démocratie, la liberté, la justice et la morale.

Combien de débats stériles et de propositions de lois vaines pour un projet utile à tous ? Dans les scrutins de l’Assemblée, il m’arrive souvent d’être dans le camp des perdants. Mais tant que je peux lever le bras pour approuver des initiatives de reconstruction, de solidarité, d’utilité publique et tant que ma voix compte, même perdue dans un océan de votes adverses, ça donne un sens à ma survie.

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