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La rédaction
Posté il y a 3 mois
Les mille visages de notre histoire

Charlène, rédactrice On Lit Plus Fort, nous livre son avis sur Les mille visages de notre histoire, le nouveau roman de Jennifer Niven.

J’ouvre ma boîte aux lettres. Une enveloppe épaisse, lourde, m’y attend sagement. Rapidement, toujours un peu fébrile à l’idée d’en dévoiler le contenu, j’arrache le papier pour dévoiler un beau pavé de quelques 400 pages, arborant le nom de Jennifer Niven sur sa couverture beige et bleue. Aussitôt, mon cœur s’emballe, d’impatience de l’ouvrir et de peur à la fois.

Parce que bon, quand même, Jenniver Niven, c’est l’auteure de Tous nos jours parfaits, et je ne suis pas certaine d’être prête à ce qu’elle me brise le cœur encore une fois avec Les mille visages de notre histoire. Allez, je respire un grand coup. De toute manière, je ne peux pas me retenir, j’avais dévoré son premier roman, j’en attends beaucoup de celui-ci.

C’est parti.

Je l’ouvre.

« Quand j’ai commencé à manger – manger grave, je veux dire –, le chagrin était si grand que j’avais l’impression de porter l’univers à bout de bras. Alors porter mon propre poids, ce n’était pas plus dur. C’était porter les deux en même temps qui faisait trop. C’est pour ça que parfois on est obligé de poser le fardeau, on ne peut pas le porter éternellement. »

Et encore une fois, l’incroyable magie de sa plume opère. Dès les premières lignes, les premiers mots de Jack et Libby, on est happé, captivé par les cris du cœur de ces deux adolescents très différents des autres. Jack est atteint d’un trouble neurologique rare, la prosopagnosie, une maladie qui l’empêche de reconnaître les visages, y compris ceux de sa propre famille, ou le sien. En gros, pour lui, c’est comme si à chaque fois qu’il voyait quelqu’un c’était la première fois qu’il le rencontrait : il est incapable de s’en rappeler, même à quelques secondes d’intervalles ! Libby, quant à elle, aime lire et rêve de devenir danseuse… et, accessoirement, est connue des médias comme « la plus grosse ado d’Amérique ». Elle a été évacuée de chez elle trois ans auparavant, par une GRUE, alors qu’elle pesait plus de 230 kilos et s’avérait désormais incapable de se lever pour quitter son lit. Après de longues années de thérapie, elle a perdu une centaine de kilos, et peut désormais réintégrer le lycée, comme une adolescente normale…

« – On ne dit pas « gros », ce n’est pas joli. 

– Pourtant, la maîtresse dit que « gros », c’est un adjectif, comme « beau » ou « joli ». Ce sont les gens qui l’emploient mal en disant « la ferme, mon gros » ou « regarde ce gros cul ! ».

Mais Jack garde sa maladie secrète depuis des années : son quotidien est constitué d’efforts insensés pour avoir l’air normal, pour que personne ne se doute de rien. Il choisit ses amis, et même sa petite amie, en fonction des signes distinctifs marquants qu’ils ont : plus ils sont évidents, et moins il a de chance de les confondre avec quelqu’un d’autre et donc de se trahir. Alors, pour ne pas risquer de perdre l’équilibre durement acquis dans son cercle social, il cède à la pression du groupe et joue au jeu terrible du « Rodeo Grosso » inventé par son pote Kam… Il s’agit de sauter sur une personne en surpoids et de s’y accrocher le plus longtemps possible. Et évidemment, c’est Libby qu’il choisit pour cible…

« Parfois, les gens sont salauds tout simplement parce que ce sont des salauds. Parfois parce que quelqu’un leur a fait des saloperies. Parfois, les gens sont salauds juste parce qu’ils ont peur. Parfois, ils sont délibérément salauds avant que quiconque puisse leur faire des saloperies. Et puis il y a des gens qui ne s’aiment pas. Et si ce genre de personne croise quelqu’un qui sait parfaitement qui il est et qui s’aime comme ça, alors elle se sent encore plus minable. »

Mais la jeune femme témoigne d’une force de caractère incroyable, et refuse de se laisser démonter. D’ailleurs, c’est la mâchoire de Jack qu’elle démonte d’un coup de poing bien placé. Convoqués chez la proviseure, les voilà tous deux condamnés aux travaux d’intérêts généraux et au groupe de parole pour délinquants du lycée, tous les soirs après les cours. C’est ainsi que commence, pour eux, le début d’une relation qui changera pour chacun sa perception de lui-même. Au fil des pages, nous aussi, on tombe un peu amoureux d’eux.

« Devant le lycée, le ciel est bleu et blanc, mais l’air frais est doux comme un baiser sur ma peau brûlante. Je sors un marqueur de mon sac, je cherche une petite place sur mes baskets et j’écris : Garde la tête haute et les poings baissés. »

De confessions en confessions, il se tisse un lien particulier entre les deux protagonistes. On bondit de sujets difficiles, comme le deuil, la maladie, l’obésité, le harcèlement scolaire à des moments plus joyeux, comme les premières fêtes de lycéens, le premier rendez-vous galant ou les moments de fou rire avec des amis proches. Jennifer Niven a ceci d’exceptionnel qu’elle parvient à nous plonger dans l’intimité profonde de ses personnages avec finesse et justesse, et à retranscrire l’adolescence, ses tourments et ses émois, avec une authenticité rarement égalée.

« Les petites gens – ceux qui sont petits à l’intérieur – n’aiment pas les grands. »

C’est peut-être aussi parce que le roman est en partie autobiographique qu’il s’avère aussi juste, profond et touchant. L’auteure nous confie, en postface, avoir elle-même lutté avec des problèmes de poids et de harcèlement scolaire, et connaître quelques personnes atteintes de prosopagnosie (y compris dans sa propre famille). Elle a récemment perdu sa mère, qui lui avait transmis sa passion pour la danse, et elle a choisi de lui rendre hommage au travers du personnage de Libby et du deuil inachevé de sa propre mère. C’est donc une énorme part de « vrai », de réalité, qui se cache entre les lignes de ce roman, et en fait un véritable baume pour nos cœurs d’adulescents et nos âmes de lecteurs.

« Si tous ceux qui ont quelque chose à dire sur mon compte employaient ce temps… je ne sais pas… à être sympas, à s’améliorer, à développer leurs qualités d’âme et de cœur… Tu imagines ? Le monde serait beaucoup plus agréable à vivre. »

Le sourire aux lèvres, roulée dans un plaid et dans les mille émotions qu’a provoqué cette lecture, je referme doucement le livre sur mes genoux. Ça y est, j’ai fini mon voyage en compagnie de Jack et Libby, et ils me manquent tous les deux déjà. Tous nos jours parfaits nous avait fait rire, vibrer, et vider l’équivalent d’un paquet de mouchoirs. Aussi soyons honnête : est-ce que Les mille visages de notre histoire vous brisera le cœur à son tour ? Très certainement, et plusieurs fois de surcroît. Est-ce que, malgré tout, on en redemandera encore, une fois passée la dernière page ? Oui, mille fois oui.

« Quant à vous, tous les autres, n’oubliez pas : ON VOUS VEUT. Que vous soyez gros, minces, petits, grands, beaux, ordinaires, timides, sociables. Ne laissez personne vous dire le contraire, pas même votre petite voix intérieure. »

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