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Chroniqueur
Posté il y a 2 semaines
Le Matin de Neverworld

Bee, Jim, Whitley, Cannon, Martha et Kipling formaient un groupe fusionnel au lycée. Populaires, fortunés pour la plupart, liés par le même sens de l’humour mordant, ils n’imaginaient pas leur amitié exploser avant le suicide de Jim. Un an plus tard, Bee, qui était aussi la petite-amie de Jim, a coupé tous les ponts avec les autres. Quand elle accepte finalement de se rendre à la soirée d’anniversaire de Whitley, son ex-meilleure amie, c’est moins dans la perspective de joyeuses retrouvailles que dans l’idée d’obtenir enfin des réponses aux questions qui la torturent toujours sur le décès brutal de Jim. Mais contre toute attente, une fois là-bas, c’est comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. La petite bande quitte le manoir des parents de Whitley pour se rendre à un concert et, alors que, alcool aidant, les premières tensions refont surface, le trajet de retour ne se passe pas comme prévu. Après un violent accident de voiture, les cinq jeunes miraculeusement épargnés rentrent péniblement à la maison. C’est à peu près à ce moment-là qu’un vieil homme étrange frappe à la porte et leur annonce qu’ils sont tous morts. Oh, et qu’ils vont devoir prendre une décision… délicate. Au plus vite.

Difficile de classer ce roman qui navigue en eaux troubles, entre thriller, fantastique et drame psychologique, le tout drappé d’une atmosphère qui devrait vous coller rapidement le malaise… et c’est précisément ce qui a rendu toute tentative d’arrêt de lecture impossible pour bibi !

Ce que j’ai aimé, d’emblée, c’est tomber sur un véritable young-adult. Si le terme sert maintenant de label fourre-tout, moi je ne l’entends non pas comme un genre mais comme un niveau de lecture et un lectorat-cible. Ici, Marisha Pessl s’adresse clairement aux jeunes adultes, en témoignent le style et la psychologie poussée des personnages. Au bout de deux ou trois chapitres, je savais déjà que je ne pourrai plus lâcher le roman, ou qu’il me mène, tant j’y ai retrouvé une patte singulière.

Mais parlons un peu de ces ados et leur histoire pas nette !

Ce grand manoir perdu de bord de mer où la petite bande décide de se retrouver appartient à la famille de Whitley. Whitley, c’est la fille magnifique, toujours sapée. Mais ce qu’on retient surtout d’elle, c’est son caractère volcanique, sa capacité à rayer quatre pays de la carte parce qu’elle est un peu contrariée si vous préférez. #GestionDeLaColère Au lycée, elle sortait avec Cannon, le petit geek qui s’est fait connaitre en débusquant un bug gênant chez Apple. Kipling, c’est le bout-en-train et l’excentrique, le type capable de lâcher des informations atroces sur son enfance difficile au beau milieu d’une conversation en se marrant. Martha, elle, a un petit côté Raven dans les Teen Titans. Elle passe son temps à faire des références à un obscur bouquin de fantasy de douze mille pages et… disons que les autres ont appris à faire avec.

Et puis il y a Bee. De l’aveu de tous ses camarades, aucune personne plus gentille n’a jamais foulé cette terre. Impossible de ne pas l’aimer. Et c’est peut-être ce qui attirait tant Jim, leur leader avant, ce type si charismatique qu’il aurait pu éclipser Mariah Carey à Noël. Il lui manque terriblement aujourd’hui et elle ne peut pas s’empêcher de repenser à toutes ces zones d’ombre autour de son suicide.

Dans une ambiance très particulière, entre véritables sentiments, faux-semblants et malaise, on assiste donc à ces retrouvailles particulières. Mais à partir du moment où ce fameux accident vient mette un terme à la fête, c’est le fantastique qui vient frapper à la porte.

Alors qu’ils se remettent tous difficilement de leurs émotions, un vieil homme se présentant comme « Le Gardien » leur annonce qu’ils ne se sont pas tout à fait remis de leur accident. En fait, ils sont piégés dans ce qu’on appelle « Le Neverworld », une boucle temporelle entre la vie et la mort. Et s’ils ne désignent pas rapidement, et surtout à l’unanimité, un.e unique survivant.e, alors ils demeureront condamnés à revivre encore et encore la même journée. Pour toujours.

Il y a de quoi devenir dingue. Il y a de quoi déterrer un ou deux secrets aussi, pour peu qu’on comprenne les règles du jeu.

ET JE N’EN DIS PAS PLUS.

Honnêtement, s’il n’y avait eu ces quelques revirements parfois un peu trop brutaux dans les comportements des personnages et une ou deux petites incohérences rapport à l’issue, on frôlait le coup de coeur. C’est truffé de références, d’esprit et d’humour, et à côté de ça, il y a quelque chose de très inquiétant dans les différentes facettes de l’intrigue, fantastique ou réaliste.

Un roman jeunesse aussi bon qu’inclassable qui m’a donné envie de découvrir le reste de l’oeuvre de Marisha Pessl parce qu’il faut savoir qu’elle écrit habituellement pour les adultes. Intérieur nuit, tu es d’ors et déjà sur ma wishlist !

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