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Posté il y a 4 mois
La jeune fille et la guerre

Amsterdam, 1943. La Seconde Guerre mondiale fait rage, les Pays-Bas sont sous le joug nazi, comme de nombreux autres pays limitrophes. La population vit dans la peur, la faim due au rationnement, le deuil des soldats tombés au front.

Hanneke a presque dix-huit ans, et c’est à elle qu’incombe la lourde et difficile tâche de faire vivre sa famille, au cœur de cette guerre qui ravage tout et bouleverse l’ordre établi. Son père est infirme et sa mère, professeure de piano, ne trouve plus vraiment de travail. Sous couvert de travailler comme assistante dans une entreprise de pompes funèbres, Hanneke s’occupe en réalité de livrer des produits du marché noir aux clients : chocolat, viande, cigarettes…

« Il est un peu plus de quinze heures, et cette journée, que j’ai commencée en déposant un rouge à lèvres à une femme logée chez ses grands-parents, s’est révélée fort différente, et je me sens brusquement épuisée. Je suis épuisée par la dimension qu’elle a prise. Je suis épuisée par ces défis quotidiens qui ne cessent de m’épuiser : les soldats, les panneaux, les secrets, les stratagèmes et les difficultés. »

Mais un jour, l’une de ses clientes, une vieille femme solitaire, lui avoue avoir cachée Mirjam, une juive de quinze ans, dont toute la famille a été tuée sous ses yeux. Seulement un beau jour, Mirjam a disparu : pire encore, elle semble s’être littéralement volatilisée à travers les murs ! La vieille femme s’inquiète et charge Hanneke de la retrouver avant que les nazis ne s’en chargent.

« Si on me montrait cette photo en me demandant si je reconnais des camarades de classe, je ne sais pas si je pourrais en désigner. Mais si on me demandait de montrer Mirjam Roodvelt, alors c’est la fille au manteau bleu que je désignerais. »

Une petite décision peut entraîner de grandes conséquences : c’est l’un des messages que délivre ce roman. Car quand Hanneke accepte la mission, elle est loin de se douter de ce qui l’attend. En enquêtant sur Mirjam et sa disparition, la voilà qui entre en contact avec le réseau de la Résistance, et se retrouve embarquée dans des plans de survie ou de sauvetage qui la dépassent. Pire encore, la voilà confrontée brutalement à certains aspects de la guerre dont elle avait jusqu’ici été protégée, à Amsterdam.

« Pour nous, pour notre petit groupe, pour la Résistance, cette guerre est une course perpétuelle pour sauver le plus de gens possible, et pour intervenir en étant plus rapides que les nazis. »

Une fille au manteau bleu dépeint, avec une justesse et une candeur déconcertante, la réalité de la déportation, du traitement des juifs, de la Résistance ou de la collaboration. Comme Hanneke qui découvre tout cela, nous l’apprenons petit à petit à travers ses yeux, à travers son regard qui se durcit et s’horrifie chaque jour un peu plus.

Loin d’être une héroïne parfaite, Hanneke est avant tout un personnage qui grandit au fil des pages, qui passe de l’ado débrouillarde mais égoïste à une jeune femme forte et sensible à ce qui l’entoure. Les épreuves qu’elle traverse la forgent autant qu’elles la détruisent, par fragment. La galerie de camarades dont elle s’entoure au fur et à mesure s’avère aussi surprenante qu’attachante, apportant toujours, à leur façon, quelque chose de nouveau à l’intrigue ou à la réalité historique dépeinte.

« La première photo a été prise en été, dans un jardin public, avec de l’herbe, des fleurs et, à l’arrière-plan, des hommes en rang arborant une étoile jaune sur leur veste, les mains en l’air, et sur leur visage, une frayeur bien visible malgré la petitesse de l’image. »

L’autre prouesse du livre, c’est sa capacité à mêler l’historique au mystère : car au final, tout part d’une enquête. Comment, et où, Mirjam a-t-elle disparu ? Hanneke parviendra-t-elle à la retrouver avant qu’il ne soit trop tard ? Jamais on ne soupçonne les rebondissements qui rythmeront ces lignes, et je crois sans trop m’avancer pouvoir dire que personne n’en a vu arriver le dénouement ! Mieux encore, d’autres fils s’entremêlent pour pousser le lecteur à la curiosité, pour l’inciter toujours à tourner la page, pour l’aider enfin à appréhender le sentiment de choc d’Hanneke face à chacune des découvertes qu’elle a pu faire. Pourquoi s’est-elle fâchée avec sa meilleure amie Elsbeth ? Pourquoi s’en veut-elle tellement de la mort de son petit ami Bas sur le front ? Que s’est-il passé, avant ?

« – Ce n’est pas possible Elsbeth. Je ne peux pas te pardonner d’aimer l’un de ceux qui ont tué Bas.
– Rolf n’a pas tué Bas. Rolf n’a même pas envie d’être dans ce pays. Il veut que la guerre finisse pour pouvoir rentrer chez lui. Il n’est pas d’accord avec ce que fait l’Allemagne ; on l’a envoyé ici, c’est tout. »

Avec de faux airs du Journal d’Anne Frank, Monica Hesse nous emmène dans le quotidien d’une jeune fille qui n’était à l’origine pas menacée par l’occupation allemande, mais qui pourtant, va se retrouver confrontée à un choix moral : agir ou non contre l’occupation. Vibrant, surprenant, émouvant, choquant parfois, Une fille au manteau bleu est un texte d’une rare authenticité, qui amène habilement la fiction historique vers le public adolescent.

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