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La rédaction
Posté il y a 5 mois
Guerre et fantômes

Tout commence par un cauchemar. Et tout continue comme un cauchemar, dans la vie de la jeune Makepeace. Entre fresque historique et sombres rumeurs de sorcellerie, venez découvrir le nouveau roman de Frances Hardinge, La voix des ombres.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Makepeace n’a pas vraiment eu de chance avec sa famille : entre une mère intransigeante qui l’élève dans l’ignorance de ses origines paternelles malgré ses tentatives pour en apprendre plus, un oncle et une tante qui les relèguent toutes deux au grenier en raison de son statut d’enfant illégitime ; ce n’est pas exactement un joli tableau généalogique. Pire encore, elle est assaillie toutes les nuits de terribles cauchemars : voix chuchotant à ses oreilles et mains évanescentes venant gratter à la porte de son esprit comme si elles cherchaient à s’y introduire.

« Tu vas dormir ici cette nuit. Ils vont essayer de s’introduire à toute force dans ton esprit. Quoiqu’il arrive, ne les laisse pas entrer. »

Sa mère, inflexible, annonce alors à Makepeace qu’il s’agit des esprits des morts, de fantômes, cherchant à tout prix à retrouver un corps dans lequel s’abriter et continuer à vivre. Voilà désormais la jeune fille contrainte de s’entrainer à leur résister, en passant des nuits entières dans le cimetière municipal. Mais un jour, la mère de Makepeace, cette femme si forte et inébranlable, meurt lors d’un tragique accident : son oncle et sa tante retrouvent alors la famille du père de Makepeace et leur demandent de la prendre en charge.

« Les morts sont comme des gens qui se noient. Ils se débattent dans l’obscurité en essayant d’agripper tout ce qu’ils peuvent. Même s’ils n’en ont pas l’intention, ils te feront du mal si tu n’y prends pas garde. »

Arrivée à Grizehayes, une demeure aussi grise et impressionnante que le laissait présager son nom, elle comprend bien vite que sa mère s’est enfuie pour une bonne raison, et que si on l’accueille bien volontiers parmi cette branche de la famille, ce n’est certainement pas par gentillesse. Car la famille Fellmotte, dont elle est l’une des descendantes, cache un lourd secret : un pouvoir aussi obscur que malsain, non sans rapport avec les fantômes qui hantent Makepeace…

« Même les armées vertueuses ne sont faites que d’hommes. »

L’Angleterre du XVIIe siècle est déchirée par des conflits politiques internes entre le Roi Charles et le Parlement, sans oublier les puritains protestants qui accusent sans raison le roi de vouloir rétablir le catholicisme. Dans ce contexte de guerre imminente et de tensions latentes, Makepeace tente de trouver sa place et surtout de survivre, coûte que coûte, quitte à se faire d’étranges amis et à ne compter que sur elle-même.

C’était bien le monde dans toute sa sottise. Les armées pouvaient s’affronter et les hommes périr en masse, mais les deux partis s’accordaient pour estimer que le roi devait pouvoir faire laver ses bas.

Frances Hardinge est une de mes auteures jeunesse préférée depuis L’île aux mensonges, qui lui a valu le prix Costa 2017. Elle manie comme personne les arcanes du fantastique, jonglant avec brio entre l’aspect historique, mystérieux et paranormal du genre.

Ses héroïnes se montrent toujours fortes, intelligentes, malignes même, et très indépendantes. J’aime particulièrement l’évolution de Makepeace, de l’enfant perdue en quête d’identité au début du livre à la jeune femme pleine d’assurance, marquée par les épreuves traversées, consciente de sa valeur et de ses capacités, que l’on côtoie dans les dernières pages. Sa vivacité d’esprit, sa combativité et sa clairvoyance en font un personnage féminin très puissant, sans jamais tomber dans le cliché d’une héroïne à qui tout réussi en permanence.

Si quelqu’un met de côté son orgueil pour supplier de tout son être, et s’il le fait en vain, il ne sera plus jamais le même par la suite.

Les personnages qui l’entourent sont tour à tour inquiétants, attachants, parfois même les deux, toujours brillamment construits. À l’image, d’ailleurs, des scénarios. Point d’enquête policière dans ce nouveau roman, mais beaucoup d’aventure, de complots, de trahisons, de retournements de situations. Chaque page est une découverte, une plongée dans l’inconnu, comme si nous, lecteur, vivions au rythme de Makepeace les embûches qui parsèment sa route.

Les humains sont des animaux étranges, capables de s’adapter et finalement de s’habituer à tout, même à l’impossible ou à l’insupportable.

Cette maîtrise, cette capacité à exploiter avec tant de finesse ce genre souvent délaissé en jeunesse pour une fantasy plus fantastique, est propre à Frances Hardinge. Nous laissant suspendus, toujours, au-dessus du vide, entre l’inquiétude et l’excitation, entre le réel et l’incroyable, la plume de l’auteure nous embarque dans cette aventure. Elle est riche, vibrante, délicieusement apprêtée parfois, unique vraiment.

Sans un temps mort, sans un loupé, comme un battement de cœur affolé, La voix des ombres est un récit qu’on ouvre… et qu’on ne referme pas.

 

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