Vous souhaitez devenir chroniqueur et être publié sur notre site ?

Pour déposer votre candidature, il faut au préalable devenir membre de la communauté On lit plus fort !

Me connecter

Mot de passe oublié

La rédaction
Posté il y a 3 mois
Espions, magie et vagabonds

Le suspense est à son comble lorsque j’ouvre l’enveloppe. Je trépigne déjà d’impatience en découvrant un éclat argenté sur le coin de la couverture : je le sais, il est là, enfin, « L’ensorceleuse », troisième volume de L’Anti-Magicien, par Sébastien de Castell. Je ne cesse d’encenser cette série depuis sa parution !

Que puis-je dire pour ma défense ? J’ai été envoûtée par ces romans dès le titre, et ils se sont en quelques pages à peine propulsés dans mon top 5 des meilleures sagas de littérature young adult. Pourquoi, me demandent ceux dans le fond qui ont raté la sortie de ces chefs-d’œuvre ? Parce que ces ouvrages sont tout simplement uniques : drôles, intelligents, irrévérencieux ; l’univers lui-même est d’une originalité folle et les personnages sont si finement écrits, si imparfaits, si attachants, que vous ne voudrez plus les lâcher d’une virgule !

« Comme la tempête approchait, je me demandais si je préférais mourir étouffé sous une tonne de sable, électrocuté par un éclair d’orage sec, ou assassiné avec de la magie noire. Ce n’est pas le choix qui manque quand on est un frondeur de sort et un hors-la-loi accompagné d’une joueuse de cartes argosi pour mentor, d’un chacureuil pour partenaire, et qu’on a toute une troupe de mages aux fesses.»

Dans ce tome trois, on retrouve notre anti-héros préféré, Kellen, perdu dans un désert aride avec ses compagnons de route : Furia, l’aventurière argosi intrépide et énigmatique et Rakis, le chacureuil féroce, vulgaire et voleur. Le pauvre Kellen n’a franchement pas de bol : dans le tome 1, il se faisait bannir de son clan de mages Jan’Tep en raison de la malédiction qui le frappe, l’ombre au noir, puis menacer de mort et trahir par ses proches. Dans le tome 2, il traçait donc sa route avec ces mêmes camarades pour se voir tomber au cœur d’un complot visant à assassiner les hauts dirigeants des pays du continent (tout en étant traqué par les chasseurs de prime Jan’Tep voulant sa mort – et la récompense). Dans ce tome 3… vous l’aurez deviné : pas de vacances pour les braves, cette fois, une discordance argosi les entraîne jusqu’en Gitabrie, petit pays marchand connu pour ses inventions plutôt que ses prouesses guerrières.

« Maman disait toujours que la vanité est une prison qui enferme la vérité dans l’illusion. »

Seulement voilà, leur ingénieure en chef, Credara Janucha, est parvenue à créer un oiseau unique au monde : entièrement mécanique, il est également capable de s’animer de sa propre volonté. Elle a donné la vie à une machine, et ce tour de force déchaîne les passions et les convoitises des pays voisins…

Parce que la vie d’un héros est quand même faite d’un sacré paquet de coïncidences malheureuses, Kellen croise la route de personnages issus de son passé au cours de cette quête : l’une s’intégrera à leur petite bande de vagabonds, l’autre le plongera au cœur d’un complot dont il aurait bien préféré se passer ! Car les Gitabriens ne sont peut-être pas tous si sympas que ça… Franchement, il était déjà hors la loi auprès de son peuple, est-ce qu’il lui fallait vraiment se rajouter des ennemis ?

« Credara Janucha, dans les douze derniers mois, mon peuple a essayé d’attenter à ma vie plus de fois que je ne peux les compter. En douze heures de présence en Gitabrie, j’ai été battu, emprisonné et menacé de torture. Alors franchement, l’idée que deux nations crétines se fassent la guerre ne m’effraie même plus. »

 

Kellen se demande : « Mais pourquoi ça m’arrive toujours à moi ? » Sébastien de Castell répond que c’est la dure vie des héros de roman. Quant à nous, lecteurs, on jubile du début à la fin face à une intrigue menée d’une main de maître. L’auteur parvient, avec un talent déconcertant, à dérouler une intrigue tout en tiroirs, sans qu’elle ne devienne jamais confuse et sans que l’on ait la sensation de s’être perdu en route une seule seconde. Lorsqu’on referme le livre, nous ne sommes plus du tout là où on l’a commencé, et pourtant, depuis le tome 1, tout est lié.

« Un Argosi essaie de suivre la voie de l’eau, de traverser la vie sans faire de mal, de laisser ce monde en équilibre. Mais certaines personnes, certains événements ne peuvent être ignorés, alors nous empruntons la voie du vent à la recherche des discordances. Ce n’est que lorsqu’on est sûrs qu’on emprunte la voie de l’orage. »

L’Anti-Magicien, c’est un peu comme un repas dans un restaurant gastronomique : six plats qui défilent, chacun avec une saveur propre, mais formant quelque part un tout cohérent et savoureux.

« Tu vois devant toi une fille à qui il manque des doigts. Moi, je vois qu’il me reste mes mains. »

On célébrera tout particulièrement l’évolution, subtile, délicate, tendre aussi parfois, des personnages, et surtout, de leurs relations. On voit Furia prendre son rôle de mentor de plus en plus au sérieux tandis qu’elle s’attache à ses camarades de route, elle, la solitaire Argosi. On voit Rakis, cette boule de poils farouche sans aucune empathie adopter un rôle de familier auprès de Kellen. Et on voit Kellen, surtout, grandir, rompre ses attaches au passé, changer son regard sur son présent, évoluer en tant que personnage, sans manichéisme. Kellen n’est pas un héros : il n’est pas super fort, pas toujours bien malin, parfois carrément lâche ou fatigué. Il fait des erreurs, et il lui arrive de se perdre dans l’ombre… Ils sont humains, tous : ils survivent comme ils le peuvent, en comptant les uns sur les autres et en se chamaillant tout le temps.

« Ressasser ce qui aurait pu se produire, ça t’empêche de voir ce qui s’est bien passé. Arrête d’avoir peur, ça t’empêche de savourer ton bonheur. »

J’adore L’Anti-Magicien, et j’adore ce tome trois, parce qu’il s’agit de fantasy humaine. Personne n’est exceptionnel. Personne n’a un destin. Mais on a une morale, ou besoin de sauver sa peau, ou vraiment pas de bol. Et j’adore L’Anti-Magicien parce que chaque page me donne tout simplement envie de lire la suivante, et à ce stade, on parle de plus de 1200 pages tournées avec la même fébrilité…

Je ne dis pas ça souvent, mais pour une fois, il y a une raison d’attendre la rentrée avec impatience : Kellen et ses copains reviennent à la fin de l’été pour un quatrième tome, et je coche déjà les jours sur mon calendrier.

0 commentaire

Pour poster un commentaire, rejoignez la communauté On lit plus Fort