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La rédaction
Posté il y a 2 années
En tête à tête avec Melvin Burgess

Propos recueillis par Céline Bouju, Librairie Doucet (Le Mans), membre du réseau PAGE.

Le Raid est LA nouvelle drogue en vogue. Une gélule vous offre une semaine d’extase totale. Mais au bout du rêve, la mort est inévitable. Dans un monde en plein bouleversement, Adam, Lizzie et beaucoup d’autres vont devoir faire des choix et surtout les assumer. Melvin Burgess frappe fort avec La dose, un roman aussi effrayant que captivant.

Pour commencer, si vous, en tant qu’auteur, deviez donner envie à un adolescent ou un adulte de lire La Dose, que lui diriez-vous ?
MELVIN BURGESS
– Voici ce que je fais depuis quelque temps lors des conférences de presse sur mon nouveau roman : je propose aux personnes présentes des pilules à bas prix. Au début, personne n’en veut. Et puis j’explique que c’est en réalité une drogue mortelle qui permet, si l’on est vraiment  malade, malheureux ou en fin de vie, de quitter ce monde de la meilleure façon possible. J’ajoute que, pendant une semaine, celui qui a pris cette substance pourra profiter de ses proches, faire toutes les choses qui lui étaient impossibles tout en étant à nouveau en pleine possession de ses moyens. Dans ces circonstances, tout le monde est prêt à en prendre. À ce moment-là, j’arrive donc à faire changer d’avis mes interlocuteurs en leur permettant d’imaginer que, dans des circonstances particulières, prendre cette drogue n’est pas inconcevable. Alors je continue en expliquant qu’en la prenant maintenant, en bonne santé, cette pilule leur permettrait de vivre une semaine merveilleuse, la meilleure qu’ils aient jamais connue… une semaine pendant laquelle ils pourraient faire tout ce dont ils ne se croyaient pas capables, toutes les choses pour lesquelles ils ne se pensaient pas assez intelligents ou courageux. Soudain, tout serait possible…  Du coup, certains sont très tentés. Mine de rien, cela fait réfléchir !

 

La drogue est un thème récurrent dans bon nombre de vos romans. Dans La Dose, c’est aussi le cas, même si ce n’est qu’un prétexte à dépeindre une société au bord du chaos et une jeunesse désabusée. Quel a été le point de départ de ce nouveau roman ? Comment vous est venue l’idée de cette drogue effrayante ?
M. B. – La drogue ne joue pas un si grand rôle que ça dans mes romans. C’est juste que la plupart des gens ont retenu ceux dans lesquels il en était question, comme Junk, je suppose.Dans La Dose, l’idée de cette drogue n’était en fait pas la mienne. Un couple de professeurs de philosophie avait approché Barry Cunningham, des éditions The Chicken House. Ils voulaient écrire un thriller qui permettrait de réfléchir au sens de la vie. Ils ont commencé à y travailler, mais au final ils n’étaient pas satisfaits. Ils ont donc abandonné le projet. Cependant, dans ce texte se trouvait l’idée d’une drogue capable de vous tuer en une semaine… Barry Cunningham a passé un accord avec les deux auteurs et il est revenu vers moi afin que je puisse reprendre ce sujet passionnant. J’ai toujours aimé les thrillers qui racontent des histoires simples mais qui, d’une certaine manière, touchent aux grandes questions de notre existence, comme dans Blade Runner ou I Robot. Alors j’ai repris leur idée et accepté le défi  d’écrire ce roman.

 

La dystopie est aujourd’hui un genre très présent dans les romans pour adolescents. Dans La Dose, l’action se passe à Manchester mais on ne sait pas réellement quand. La situation sociale est plus sombre qu’elle ne l’est aujourd’hui. Pour tenter de changer ce monde empli d’inégalités, il y a les Zélotes, mouvement utopistes. Adam, le héros, voit son quotidien d’adolescent de 17 ans bouleversé par la situation politique. Qualifieriez-vous votre nouveau roman de dystopie ? Est-ce un genre que vous affectionnez ?

M. B. – Ce que j’aime dans la dystopie, c’est que cela ressemble au futur tout en se rapportant à ce que nous sommes maintenant. Aujourd’hui, beaucoup de dystopies ne reprennent pas ce principe, c’est juste l’occasion d’écrire un scénario qui donnera une bonne aventure et rien de plus. Mais raconter une histoire qui parle de nous ici et maintenant, ça, c’est le genre de choses que j’aime ! Et la science-fiction est la meilleure façon de pouvoir le faire. La dystopie est en quelque sorte de la science-fiction déguisée…

 

À côté de héros plutôt courageux et très humains comme Adam et Lizzie, il y en a d’autres beaucoup moins sympathiques comme Christian Ballantine, un gangster malade et surtout très violent. Comment faites-vous pour arriver à créer ce genre de personnages ? Est-ce difficile de se glisser, le temps d’un roman, dans la peau d’un méchant ?
M. B. – J’aime beaucoup mettre en scène ce genre de personnages. Christian apparaissait également dans le roman original dont je me suis inspiré et j’ai voulu le garder,  ainsi que d’autres éléments, en guise de clin d’œil. Quand je conçois les méchants, je veux qu’ils soient le plus effrayant possible, mais avec un soupçon de comique qui les rende encore plus mauvais. Nous aimons tous rire du Diable, même quand il est sur le point de nous emporter. J’ai mis du temps à obtenir des personnages aussi méchants et effrayants que Vince et Christian, mais je suis content du résultat !

 

Comment expliquez-vous que des romans comme les vôtres, finalement assez adultes, avec des thèmes difficiles mais toujours très forts, touchent autant les adolescents ?
M. B. – Les adolescents sont tous différents. La seule chose qu’ils ont finalement en commun, c’est qu’ils deviendront rapidement des adultes. Certains sont nostalgiques de l’enfance et d’autres se préparent pour l’avenir. Certains veulent rentrer dans le moule alors que d’autres veulent être radicalement différents. D’autres encore sont conscients qu’il y avait une chance sur un milliard qu’ils soient la personne qu’ils sont aujourd’hui et que leur vie sur cette planète aurait pu être tout autre… Ils ont compris que les difficultés de la vie nous apportent notre part d’humanité. C’est à ces derniers que je m’adresse dans mes livres. Les personnes ayant pris une gélule de Raid rédigent une liste de vœux à exaucer durant la semaine qu’il leur reste à vivre.

 

Dans l’hypothèse que le Raid existe et que vous en ayez pris, serait-il indiscret de vous demander ce que vous mettriez sur cette liste ?
M. B. – Je louerais une belle villa dans le sud de la France ou en Italie et j’y inviterais mes proches et ma famille. Nous profiterions de ces derniers jours pour faire de grands repas dehors en parlant de tout et de rien. Nous en profiterions pour visiter les environs. Puis, pour finir, je voudrais aller au Népal pour voir les montagnes, avec ma compagne, Anita, et mourir là-bas.Quand j’y pense, après tout, rien ne m’empêche de faire tout ça.

 

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