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Posté il y a 1 mois
Déjanté, tendre et sans complaisance, un régal !

C’est avec une petite pépite telle que La fourmi rouge écrite par Émilie Chazerand que l’expression : « Passer du rire aux larmes » prend tout son sens…

« Je me réveille en sursaut, haletante, affolée. Avec une idée en tête, claire et nette : je ne veux plus me laisser pisser dessus par le destin. »

Pour la jeune Vania Strudel, présidente du club des Minables, c’est clair et net, l’existence n’est qu’une succession de vacheries. En effet, n’ayant malheureusement jamais été gâtée par la nature, Vania n’a aucune confiance en elle. Dès sa naissance, elle a hérité d’un fâcheux ptosis congénital à l’œil gauche qui lui mène la vie dure. Et, si elle pensait pouvoir se réconforter auprès de son seul confident, son copain d’enfance, Pierre-Rachid, c’était sans compter sur « Charlotte Kramer », la fille la plus populaire du lycée, son ennemie jurée, celle qui lui fait vivre un cauchemar perpétuel.

« Moi, je dirais plutôt que mes poumons semblent impropres à tout ce qui est cool et branché. Je suis, par extension, corporellement inapte à la popularité. »  

Depuis que sa mère a disparu lorsqu’elle avait huit ans, Vania vit seule avec son père, un taxidermiste aussi farfelu qu’affectueux. Ils ont développé une relation assez particulière car, malgré toute l’admiration que Vania lui porte, elle n’omet pas de lui rappeler son penchant ringard dès que l’occasion se présente.

« Gottfried Strudel, quadragénaire effectuant un boulot débile, soumis à des passions ridicules ! Président d’une association de ratés, cocu en chef, clown télévisuel, père défaillant ! »

Ce soir là, la veille de la rentrée, Vania reçoit le fameux « mail de la vérité » dont l’expéditeur, évidemment, est anonyme. L’inconnu ne mâche pas ses mots, dénonce la vacuité de son existence, lui reproche son manque d’ambition alors qu’elle aussi pourrait être quelqu’un de remarquable : une fourmi rouge parmi les noires.

« Je suis une toute petite fourmi noire, méprisée par mes congénères, travailleuses et efficaces. Elles marchent toutes dans le même sens, fortes de leurs certitudes. Elles savent où elles vont. Elles sont organisées. Elles avancent en file indienne parfaitement ordonnée tandis que je reste à la traîne. Je suis derrière, toujours. Je peine à suivre. Je suis seule. » 

Comment ne pas succomber au charme de La fourmi rouge ? Le ton d’Émilie Chazerand est mordant et savoureux, le récit admirablement rythmé et Vania, si attachante, ne manque pas de nous rappeler nos trois Boudinettes tirées du roman Les Petites Reines de Clémentine Beauvais.

« On revendique notre capacité à être déplorables en toutes circonstances, ainsi que notre incroyable talent à nous maintenir éternellement en dessous de tout. »

Maniant avec talent l’humour et l’autodérision, l’autrice aborde aussi des sujets graves tels que le deuil, la différence, la sexualité, le harcèlement scolaire, la difficulté de grandir, l’amour, l’amitié avec beaucoup d’intelligence.

« Certains se tournent vers moi, me dévisagent. D’autres chuchotent, se donnent des coups de coude et jettent leur menton dans ma direction. Ceux qui me connaissent se chargeront d’instruire ceux qui n’ont aucune idée de qui je suis. »  

Alors, bien sûr, ce roman va vous émouvoir, mais il va surtout vous faire rire aux éclats. Déjanté, tendre et sans complaisance, un régal !

 

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