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La rédaction
Posté il y a 2 mois
Dans la douleur coule une rivière

Parfois, il est de ces petites pépites explosives qui surgissent au détour d’une librairie et balayent tout sur leur passage. River, à mon sens, en fait partie. Touchant, poignant, très tendre et pourtant très dur à la fois, l’importance de son sujet ne concède rien au style littéraire appliqué de Claire Castillon.

« Il faut quand même se poser cette question : comment aimer naturellement une fille perpétuellement à côté de la plaque dont on se demande, tellement elle l’est, si ce n’est pas le seul défi qu’elle s’est fixé dans la vie ? »

River, c’est l’histoire bouleversante d’une jeune fille différente et harcelée au collège. Elle est différente sans que l’on sache exactement de quel trouble elle est atteinte : bonne élève, elle est surtout incapable de se conformer aux normes sociales, dit tout ce qui lui passe par la tête, mange trop vite en s’étouffant, dort enfouie sous une pile de livres… Elle alterne entre six thérapeutes pour traiter ses différents problèmes : psychologue, orthophoniste, orthoptiste, professeurs d’activités artistiques… Heureusement, River peut compter sur l’appui indéfectible de sa famille : sa mère qui organise sa vie autour d’elle et se dévoue corps et âme ; son père, maladroit, pataud, pas toujours très à l’aise avec la situation mais véritable chevalier vengeur si l’on touche à un cheveu de ses enfants, et puis surtout, sa sœur, sa confidente, la fille rêvée, la fille parfaite, tout ce que River n’est pas.

« Boulet, sangsue, poids mort, pot de colle, River est tout cela à la fois. […] On voudrait obtenir l’enfant parfait, mais la vérité, on la connaît : River ne sera jamais comme moi. »

Au collège, la vie est compliquée. Sa sœur brille en tout, tout le monde l’adore, le beau Tristan lui tourne autour depuis des mois. River, quant à elle, se cache dans les toilettes pour échapper à Alanka et aux trois T, ses bourreaux. Ils la frappent, la chahutent, la poussent, lui crachent dessus, la traquent, enfin, dans une escalade de violence sans fin extrêmement représentative de la cruauté des collégiens.

« Pendant qu’on la brutalisait, River a pensé : « Je suis la lunette des WC, je suis le papier toilettes, je suis le verrou de la porte. » Elle aurait mieux fait de penser « Je suis le cri dans ma gorge » et le pousser, volume au maximum. »

Car c’est l’un des éléments centraux du livre : le harcèlement scolaire et le déploiement de violence qui peut s’effectuer dans une cour d’école. Tout y est : la peur de parler de la victime, qui empirerait les choses, les violences physiques et psychologiques, la pression pernicieuse sur la victime, la difficulté de prise en charge de ces cas-là sans preuve tangible, sans nom… Finalement, le cercle vicieux qui s’installe : « Si tu parles, je te tue ».

L’autre message, évidemment, c’est la tolérance : qu’est-ce qui justifie un pareil comportement ? La différence se paye très – trop – cher, dans la jungle du collège. Comment s’en sort-on ? Que peut-on réellement faire contre ça ? Comment gère-t-on, cette situation, ces problèmes, face aux adultes, face à ses camarades ? Tant de questions abordées avec dureté et justesse dans River.

« Toutes les deux, on se parle d’esprit à esprit. […] J’ai pris l’habitude de lui céder une partie de ma vie. En retour, je connais la sienne comme ma poche. Evidemment, l’échange est peu équitable. Sa place est meilleure que la mienne. Ressentir des bribes de ma vie réussie est sûrement plus agréable que vivre la sienne, même de loin. »

Raconté par la voix de la sœur de River, toujours vu de l’extérieur, le récit prend finalement une dimension incroyablement proche de nous, de nos cœurs de lecteurs. On s’attache à cette jeune fille complètement à côté de la plaque comme si, finalement, c’était notre propre sœur. On a envie, plus que tout, de la connaître, d’en faire notre amie, peut-être, en tout cas de se dresser en rempart entre elle et le monde. On l’aime, finalement, River, et on souffre avec elle, au fil des pages, des mots percutants, parfois douloureux de Claire Castillon.

« En gros, je vis un calvaire. Moi, sportive, subtile et délicate. Elle, bruyante et brutale. »

Une véritable pépite d’or brut, à dévorer de toute urgence – mais si vous avez la larme facile, prévoyez les munitions de mouchoirs, car même si (ouuuh ça spoile), ça finit bien, le tout ne se déroule pas sans quelques émotions à vif au détour d’un chapitre. Mais après tout, c’est aussi ça, la littérature avec un grand L : le transport et l’émotion.

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